Légère

Trouble alimentaire et obsession du corps

En thérapie, il n’y a pas de filtre, pas de censure.  L’authenticité permet d’affronter sa propre vérité et, avouons-le,  cela fait dire des atrocités.  Sur la vision du poids, du corps, de la minceur, des autres…

La voix de la maladie?

De ma bouche tout de même…

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Je préfère de loin le monstre aux grammes.  Aberration!  Vanité!  Peu importe ce qu’on me dit, je garde ma position: engraisser, non merci.  On me parle maladie mentale, je parle superficialité, légèreté.

L’image corporelle.

Pas la vision que l’on a de soi, de ses qualités.  Je parle du CORPS.  De la chair, des formes, des grammes que l’on touche du bout des doigts et de toute leur superficialité.  Le chiffre sur la balance, la taille des vêtements.  Notre côté artificiel, voir sexuel.  Ce standard qu’on se fixe, ce corps que l’on convoite.

Je le crie partout: la maladie est beaucoup plus complexe, profonde.  Oui, les troubles alimentaires sont présents pour une raison psychologique.  Mécanismes de défense qu’on pourrait analyser des années durant.  Développement du Soi depuis l’enfance, traumatismes.  Le monstre a une face cachée, il sert à quelque chose.

Oui, mais tout de même…

C’est mon corps et ses grammes qui reviennent encore et encore sur mes lèvres, qui me tourmentent.  Je veux être mince, belle, maquillée, coiffée…  Regardée, considérée.  On me parle de contrôle, de reprise de contrôle sur l’esprit par cette hantise du corps.

Je remplis des questionnaires, des analyses de ma vision et ma perception de moi.  Ces tests…  Je ne peux imaginer que l’on puisse y répondre autrement.  On me dit que oui!  Il y a des gens qui n’ont pas ce rapport obsessionnel à leur corps.

Qui ça?

De quoi ont-ils l’air?

Ça se demande?

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Lorsqu’on aborde la reprise de poids, je sens qu’on veut m’échanger quatre 25 cents pour 1 dollar.  Si je reprends du poids, je serai mieux dans ma tête…

Mais moins dans mon corps?

On me dit encore que non.  C’est un processus d’acceptation de soi, de son poids biologique.  Un jour, si je continue, je répondrai autrement à tous ces questionnaires.  Je réponds que je ne suis pas rendue là.  Le corps l’emporte encore sur le bien-être spirituel. Encore une fois, est-ce moi qui suis superficielle? Dans les groupes de soutien, peu importe les grammes, la même préoccupation : le poids et la beauté que l’on y associe.  Ah!  Tout ce qu’elles pourront faire une fois sveltes et belles…  Et heureuses.  Sommes-nous toutes si superficiellement malade?

 Le poids…

Être mince comme gage de bonheur.

Le corps et son influence emprise.  L’assurance ou les doutes qu’il occasionne. C’est un sujet sensible, maladie ou non, qui se glisse dans les discussions entre amis.  Les soupers arrosés où on parle de soi, des autres, de ceux et celles qu’on envie.  Les filtres tombent.  Trouble alimentaire ou non, nous sommes tous habités par des perceptions, des idées, des désirs reliés au corps.  L’alimentation, la perte ou le gain de poids, les régimes, l’exercice, la volonté de lâcher prise.

Sans savoir, les autres relatent souvent les mêmes comportements, les mêmes pensées que moi.  Lorsque je le souligne, cela étonne, sème le doute.  Parfois, cela se manifeste à plus petite échelle ou mes amies n’ont tout simplement pas le sentiment que cela est un trouble.

 MAIS…

Les propos demeurent les mêmes…

Mes conversations amicales sont fréquemment les mêmes que celles que je partage avec ma nutritionniste.  Mêmes préoccupations, même emprise du poids sur l’esprit.  Alors, où est la ligne?  Où commence la maladie?

On aspire tous à un certain standard.  Pourquoi est-ce moi qui consulte, qui a l’étiquette?

 Quand superficialité devient obsession…

Devient maladie…

Sommes-nous tous un peu malades?

De l’autre côté

Trouble alimentaire – Confortable maladie

La motivation…

Il y a celle du premier pas.  On peut chercher de l’aide à cause de la pression de ceux qui nous aiment ou d’un ultimatum.  On peut vouloir se guérir parce que l’on a des symptômes physiques.  Pour éviter l’hospitalisation ou sortir de l’hôpital.  On peut aussi décider de le faire pour soi, parce qu’on en a assez de ce mode de vie.  On se sent au fond de l’abîme.  On ne reconnaît plus cette personne qui nous fixe dans le miroir.  On croit qu’il y a mieux, de l’autre côté.

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Les raisons et le niveau de motivation fluctuent également.  On peut commencer un traitement suite à la pression des autres mais poursuivre pour soi.  La guérison n’est pas linéaire, je le lis partout.  Des bons et des mauvais jours.  Cela se traduit par le désir de guérir, et je dois être honnête, l’envie d’y replonger parfois… Souvent.

J’ai publié une définition de la guérison sur le compte Facebook du blog…  Mes pensées se sont arrêtées sur: « When you are recovered, you do not use eating disorder behaviors to deal with, distract from or COPE WITH other problems. »

Ne plus utiliser le trouble alimentaire pour gérer, affronter ses problèmes, ses émotions.  J’y aspire, mais j’éprouve une grande ambivalence.  Mon trouble alimentaire me permet de gérer ma vie, à ma façon.

Je le sais, je me connais.  Je nous observe, lui et moi, depuis tellement d’années.  Mon monstre se porte tout comme mes émotions et je les connais, les émotions dangereuses. La déception et le rejet.  Mes deux bêtes noires, qui font ressurgir le monstre, cet ami. Toute cette ambivalence vient de là, quand ces émotions m’envahissent, le monstre vient à mon secours.  Il est de mon côté, un bref instant.  Je suis consciente que c’est probablement la voix de la maladie, mais c’est ainsi que je vis les émotions.  TO COPE WITH…  Pour gérer, traverser, surmonter, encaisser.

Étrangement, je ressens cette ambivalence lors des journées plus douces.  Quand je suis plus calme, sans drame dans ma vie.  Ce que j’appelais jadis jour 2 ou 3.  Les crises sont passées, je me sens encore en contrôle et je m’aime bien.  Je vis bien avec le monstre.  Un temps mort, une trêve, le désir du statut quo.

Pour la motivation, ces plateaux sont difficiles.  Lorsqu’on est au fond du baril, on veut rebondir, guérir.  Mais lors des journées plus calmes, il faut tout de même continuer.  Brasser les émotions, manger, même si je n’ai pas faim.  Cette fameuse prescription alimentaire.  Quand je suis calme et en contrôle, c’est la guérison qui n’a plus de sens.

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Lorsque j’ai commencé à consulter, je le faisais pour tenter d’éliminer des comportements que je considérais comme malsains, toxiques, qui m’empoisonnaient la vie et qui altéraient mon quotidien.  Je voulais m’en débarrasser.  J’ai réussi à éliminer les plus destructeurs et j’en suis fière.  Somme toute, mon quotidien est plus calme; mélange de psychologie, nutrition, alimentation et médication.  Un cocktail qui me garde dans un état assez confortable je dois dire…  On me dit maintenant de chercher ce que je pourrais gagner à guérir.  C’est abstrait pour moi.

Soyons honnête, j’ai diminué les pires comportements, j’aime mon poids, je mange davantage, mais pas trop.  Je sens que j’ai atteint un équilibre fragile où je suis bien.  Je cohabite mieux avec la maladie.  Alors pourquoi continuer?  Pourquoi manger plus, reprendre plus?  On me dit que ce sera encore mieux après…  On me dit que les comportements reviendront, que cet équilibre est trop fragile.  On me répète que c’est encore la voix de la maladie.  Je ne sais pas, on me parle d’un monde dont je ne connais rien.

Il y a donc la motivation de commencer, mais également celle de continuer.  Celle qui demande de l’investissement, de la persévérance.  La motivation de continuer quand la poussière est retombée, quand on est encore malade, mais plus serein.  Quand certains comportements nous ont quittés, mais que l’on trouve encore tellement de certains bénéfices en la maladie.

Peu importe la raison  qui vous amène sur ce blog, vous y êtes. Curieux, en questionnement, souffrants…  Peut-être que vous accompagnez quelqu’un aussi.  Cette raison est importante.  L’identifier et se la remémorer peut servir de tremplin vers la guérison ou si, comme moi, vous marchez sur place, à vous motiver à nouveau.

Il paraît que le ciel est bleu de l’autre côté.  Il paraît que derrière la maladie, il y a un autre nous, d’autres moyens.

TO COPE WITH…

La vie.

Autrement.

Jour de pesée

La reine des balances et le pouvoir de l’image

AVANT:

6h45

Jour de pesée!

Visite en clinique alimentaire aujourd’hui: Psychologie et nutrition se succèdent.  On me pèse, on traque mon poids.  J’angoisse.  Cette pesée était planifiée la semaine précédente.  Je m’en suis sauvée, maligne, comme un enfant qui croit l’avoir échappé belle après un mauvais coup.

Absurdité!  Je me pèse tous les jours, plusieurs fois même.  Pourquoi angoisser?  Parce que LEUR balance est différente, elle règne durement sur toutes les autres.  Elle n’affiche pas nécessairement les mêmes grammes que la mienne et je le vis comme une vérité absolue.  Elle a raison, elle tranche.

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Encore et toujours, mon histoire est incohérente.  Ma psychologue et ma nutritionniste souhaitent que je reprenne du poids et moi je le vis honteusement alors je ne veux pas qu’elles voient le chiffre augmenter.  On nage en plein délire…

Pensée irrationnelle, oui!

Distorsion cognitive (Weirdo), oui!

Pour un esprit malade, prendre du poids est moins angoissant si l’on part de plus bas.  On descend pour remonter ensuite, pour se donner l’illusion de guérir.  C’est inconscient et sans fin.  Il est futé le monstre.

12h00

Je pars à pied.  Ventiler.

12h20

Café triple, en écrivant ces mots…

Je réfléchis.

Je me suis habillée léger aujourd’hui.  J’aime aussi mieux manger après ce rendez-vous qu’avant.  Depuis une semaine, je consigne tout ce que je mange.  On m’a demandé de noter 2 jours mais, en éternelle excessive, j’en ai détaillés 7.  J’y jette un coup d’œil.  De bonnes et de mauvaises journées.  Plusieurs aliments notés, trop selon moi.  Trop peu selon mon amoureux.  Toujours les mêmes, je le vois bien.  Elles vont mettre les deux en relation, le journal et le poids.  Analyser les grammes pour comprendre les réactions du corps à la nourriture.  Je devrais le voir comme de l’aide.  Mais non…

 13h00

J’y vais à pieds, évidemment.

 PENDANT:

13h45

UN MOT : Appréhension.

Je refuse le verre d’eau que m’offre la secrétaire.  Je ne veux pas être plus lourde.  Elle sent mon anxiété.  Elle en voit tous les jours, des filles comme moi.

 14h05

Je demande qu’on le fasse tout de suite.

M’en débarrasser.

J’enlève mes souliers parce que cela fait vraiment TOUTE la différence.  Je passe aux toilettes.  Si je pouvais, je me mettrais flambant nue je crois.  On me demande si je veux voir le résultat ou si je veux être pesée de dos.  Je veux savoir, Seigneur!

Les chiffres bougent, hésitent, tanguent d’un côté puis de l’autre.  Le résultat s’affiche.  Je regarde le chiffre mais surtout leurs regards.  Je veux savoir ce qu’elles pensent.  Je remets mes souliers, j’ai chaud.  On retourne s’asseoir…

APRÈS:

Le chiffre est bas, ça m’apaise…  Le champ libre pour commencer à guérir, dans le contrôle.  Mais cette légèreté ne dure qu’un temps… Quand moi je suis calme, moins émotive. Elles, elles sont songeuses…  Parce que je suis moins connectée à mes émotions, parce que « bas » est « encore plus bas ».  On regarde le journal.  Ce n’est pas suffisant.  On discute.  Les minutes filent, s’écoulent.

 15h00

Ça m’est venu, comme ça…

Dans l’embrasure de la porte, entre les deux rencontres.

Moi: « Après chaque visite, je me demande si j’ai fait ça correctement. »

Elle: « Après nos rencontres, note ce que notre conversation t’a apporté, si tu considères que ça t’apporte quelque chose. »

 Moi: « Non!  Je veux dire…  Le suivi m’apporte beaucoup.  J’ai peur de ne pas être à la hauteur, MOI, de ne pas vous satisfaire. »

 Elle sourcille: « Tu ne viens pas ici pour rendre des comptes ou performer? »

Et voilà!  Encore une sainte fois.  Pour les autres, pour le regard.  Pour la confirmation de la valeur personnelle.  J’ai peur de prendre du poids, mais peur de les décevoir.  Je vis dans la culpabilité d’une façon ou d’une autre.

L’estime blessée.

L’amour propre affamé.

La validation jusque dans la guérison.

Allez savoir.  À aucun moment je n’ai pensé aux conséquences sur ma santé.  J’ai pensé à leur opinion, à elles.  On m’explique que je ne suis pas là pour répondre à des exigences, des attentes.  Je suis là pour moi.  Avec le recul, ça semble une évidence…  Pas pour quelqu’un qui vit avec un TCA.

 16h00

Message vocal.

Je dois repasser des prises de sang, encore.

Ils se sont passé le mot…

17h30

L’après-guerre.

Café, seule avec moi-même, je réfléchis.  Elles ont raison, je suis ici pour me guérir, moi.  Cette pesée, je devrais la faire pour moi.   Pour mon corps, mon cœur, ma santé.

 19h00

Groupe de soutien.

#megajournee

On aborde l’image corporelle, le poids et notre vision du corps (drôle de hasard).  On se trace grandeur réelle, selon notre perception.  On nous trace ensuite, par-dessus le premier tracé.

J’ai été heurtée par les lignes qui ne s’alignent pas, par la différence entre ma perception et la réalité.  Cette journée, orientée sur l’image, s’est terminée en larmes, que dis-je, en crise monumentale.  En pensées et mots qui s’entremêlent, qui ne sont plus cohérents.  En refus de participer au retour sur l’activité, en besoin de rentrer chez moi, de me mettre en sécurité.

wp-1467754737163.jpg21h00

Comme toujours, je dois nommer mon sentiment avant de quitter.  Mon émotion de fin de journée, de cette journée de pesée.

Malgré le fin tracé accroché au mur, malgré les chiffres trop bas, j’ai quitté avec un poids immense sur le cœur.  Mon choix : Accablée.

 23h59

Il y aura des jours plus légers.

Vivement demain.

1 à 0 (pour lui)

Manger à nouveau OU La violence de l’émotion

J’entends souvent que cheminer consiste en « deux pas en avant, un pas en arrière ».  Ce texte parle d’un pas en arrière.  Déprime?  Non…  Espoir. Réalisme.  On avance tout de même…

 

Nourrir le corps pour alimenter le cœur.

C’est joli, poétique même.

Je n’y croyais qu’à moitié.

Puis, cette semaine, j’ai essayé.  Pendant quatre jours, j’ai mangé selon la prescription alimentaire de ma nutritionniste et j’ai évité les comportements compensatoires de tout genre.  Trois repas et trois collations par jour, systématiquement.  Le B-A…BA de l’alimentation.  La base.

Mon corps et mon cœur ont été foudroyés.

Littéralement.

L’effet a été violent.

Plus intense chaque jour.

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Je me suis sentie agressée, assaillie, par les émotions, l’angoisse de rependre du poids et…  Les crises.  J’ai passé les derniers jours à faire des tentatives alimentaires et…  Résultat?  À être en crise et à pleurer toutes les larmes de mon corps.  Toute cette peine, sans cause précise.  Juste…  Les émotions qui rattrapent, qui reprennent leur place.  Une douleur viscérale.  Qu’on ne peut ni nommer ou identifier avec précision, mais qui gruge au plus profond du cœur, du corps.  Des pleurs sentis, douloureux.  Des pleurs forts et bruyants, incontrôlables.  Le corps qui tremble.  La respiration qui coupe.  Les sanglots qui étouffent.

Puis, dans toute cette tourmente, je me suis pesée.  Je me suis pesée et j’ai sauté pour m’éloigner de la balance.  La bouée, je l’avais lâchée (Bella).

Cette aventure s’est terminée à la clinique alimentaire, recroquevillée au fond d’un fauteuil, à sangloter et pester contre ma vie, mon corps, mon métabolisme si différent des autres.  Si la privation me cause des crises, les prises alimentaires les ont décuplées.  Alors je l’ai dit…  Haut et fort!  Cette pensée irrationnelle encrée si profondément en moi:

« Si je dois choisir entre TOUT ou RIEN, ce sera RIEN! »

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L’HORREUR!

Choisir la maladie!

On me rassure.  On me dit que c’est normal.  Une étape à franchir.  Les crises alimentaires augmentent avec la nourriture.  Manger fait manger et le corps se battra tant qu’il n’aura pas atteint son poids biologique (Bella).  Même plein, l’estomac crie.  Les crises émotionnelles, elles, viennent de l’esprit qui s’active à nouveau.  Une tempête affective.  Les émotions sont ravivées, ressuscitées.  Elles réapparaissent plus fortes que jamais.  On les ressent à travers tout son être.  J’ai senti à quel point cette privation de nourriture me coupe du ressenti, des souffrances du cœur.  Nourrir le corps pour alimenter le cœur.  Je l’ai vécu alors j’ai compris…

Sur la bonne voie me dit-on.  Il faut poursuivre.  Manger, pleurer, ressentir…  Pour vivre et traverser cette tempête.  Pour rallumer la flame, ramener la lumière.

Et je n’ai pas pu…

J’ai eu besoin d’un moment de répit, d’une pause.  J’ai eu besoin de cette atroce privation pour retomber à mon état grisé, neutre.  Pour souffler un instant.  Comme on prend un temps d’arrêt, de repos, entre deux efforts physiques.  Lorsqu’une première tentative échoue et qu’on se laisse un moment d’accalmie avant d’essayer à nouveau.

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Ça me trouble…  Me reposer de la nourriture pour tenter de manger plus tard.  À quel point cette dernière phrase est anormale, surréaliste.  1 à 0 pour le monstre.  Ces mots, ce texte, me font réaliser à quel point la maladie est envahissante.  À quel point la voix du trouble alimentaire a emprise sur moi.

Cette voix…

Jusqu’à tout récemment, je considérais les lendemains de crises comme « jour 1 ».  On recommence à neuf.  On jeûne quelques jours et on s’alimente normalement après. Simplement.  Les meubles sont sauvés, on se contrôle et ça ne reviendra plus.

Ça revient!

« Jour 1 » n’existe pas.

Je ne veux plus de ce cycle.  Je ne veux plus du millième « jour 1 ».  Je veux le jour 1000 et ce jour est de l’autre côté de la tempête.  Je devrai affronter l’océan, les vagues qui me ramènent en arrière.  Reprendre cette prescription alimentaire et y faire face.  Affronter les émotions, lâcher la bouée.

 Je veux les croire, y croire.

Je veux voir la lueur.

Je veux l’autre côté.

 

 

 

Weirdo

Les bizarreries du trouble alimentaire – Ces comportements qui nous rassemblent

Pensées irrationnelles.

Distorsions cognitives.

De jolis mots, compliqués, qui représentent nos curieux agissements.  Ces pensées envahissantes.  Notre case en moins, au quotidien.

Je vous invite dans ma tête aujourd’hui.  Je vous partage nos secrets bien gardés, nos particularités de troublés alimentaires.  Pourquoi?  Parce que c’est par ces comportements et ces pensées qu’on s’identifie finalement aux autres copains du monstre.  On se dit: « Seigneur, toi aussi? ».

L’apaisement ultime:

Les autres aussi ont une case en moins!

Un esprit chaotique.

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Alors…

Qu’est-ce qu’on ne fait tous vraiment surtout pas, jamais?

Se priver ou ne rien manger, carrément,  lors d’un événement et finir dans la cuisine une fois à la maison.  Victime de soi, à se dire que, finalement, on aurait dû profiter du moment social avec tout le monde.  Comme tout le monde!   Refuser de goûter à UNE bouchée offerte par une amie, parce que chaque calorie compte et, encore une fois, avoir une crise peu de temps après.

Faire le tour 10 fois de la foire alimentaire au centre commercial.  Examiner les aliments. Comparer les restaurants entre eux.  Se sentir agressé par les salutations du commis:

« Ne me parle pas!

JE NE  SUIS PAS dans cette file! »

Ne rien prendre et crever faim finalement.  Hésiter.  Y retourner peut-être…   Puis, rater sa chance.  Les autres ont fini, le moment est passé.

Anticiper les événements festifs et étouffer lorsqu’il y en a trop au calendrier.  Se sentir coincé, pris.  Culpabiliser de ne pas apprécier les joies de la vie.  Se sentir ingrat.

En vouloir à la terre entière de manger, continuellement.  Se sentir assailli par les autres et leurs invitations.  Tant de raisons pour prendre un verre et casser la croûte.  Ne pas profiter des sorties, ne pas y prendre part totalement.  Être en marge, à côté du moment, toujours.

Marcher des heures pour « préparer » une sortie.  Faire de la « place calorique ».  Parce que chaque calorie doit s’éliminer, avant ou après, de façon compliquée et excessive, évidemment.  Marcher des distances impressionnantes.  Passer par des chemins douteux que l’on aurait dû faire en voiture, juste pour brûler des calories.

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Compenser!  Boire un café, deux…  Trop de café.  Mâcher de la gomme.  Boire de l’eau.  Rependre un café, écrémé.  Douter qu’il soit vraiment écrémé.  Le jeter.

Jongler avec la nourriture…  Se préparer une collation.   La remettre dans la boîte puis, la remettre dans l’assiette.  La mettre aux poubelles.  Sortir de la cuisine et y revenir après quelques minutes.  Jeter le sac dehors.  Quitter la maison…  À bout de nerfs.

Errer dans la cuisine.  Classer le réfrigérateur.  Organiser, compacter les restes dans d’autres plats, plus adéquats.  Planifier les repas, à outrance.  Faire des épiceries démentielles.  Cuisiner trop.  En offrir.  Servir des portions gigantesques aux autres.  Leur faire des lunchs démesurés.  Qu’ils apportent… TOUT.

Faire des crises gradées, de collation saine et légère à f*** it.  Terminer le pot d’un « aliment interdit » puis sortir en acheter un autre.  Le remettre à niveau et faire comme si rien ne s’était produit.

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Être hyperactif.  Avoir le besoin criant, vital d’être en mouvement.  Éviter d’être à la maison.  Sortir, s’étourdir.  Prendre part à plein de projets.  S’y investir corps et âme sans aucune autre raison que la fuite de  « chez soi »…  De soi.  Tout faire à l’excès, intensément.  Soyons honnête, les amis du monstre travaillent bien.  Ils sont… Très impliqués.

Croire qu’on change de silhouette au fur et à mesure que la journée avance.  Se peser continuellement.  Monter sur la balance puis redescendre.  Remonter dessus, comparer.  Vérifier qu’elle est bien « à zéro ».  Remonter, comparer.  Bouger les pieds, les orteils… Redescendre, lui donner un petit coup de pied. Vérifier qu’elle est toujours « à zéro ».  Se peser à nouveau, comparer.  Analyser les réponses obtenues et décider si ce sera une bonne ou une mauvaise journée.

Se sentir observé, jugé.  Chercher le regard des autres, ce regard qui nous regarde.  Le trouver et se confirmer qu’on nous épiait.  Sauter aux conclusions.  Ils ont une opinion sur nous, sur notre façon de manger.  Se positionner en victime, toujours.

 Vous riez jaune?

Folie?  Non!  Vous avez faim, premièrement.  Votre corps lutte, vous envoie des signaux.  Toutes ces pensées envahissantes.  Vous êtes également aux prises avec des distorsions cognitives, des pensées irrationnelles.  Ce n’est pas un manque d’intelligence.  Encore une fois, le cerveau truque la réalité.  Vos pensées et analyses sont erronées, altérées.  Exemple: Prendre la décision consciente de ne pas manger durant quelques jours, pour compenser.  Ça a beaucoup de sens… Pour vous, pour moi, mais c’est faux!    Encore une fois, l’esprit est malade.

Pourquoi tant d’idées irrationnelles?

Avant d’expliquer plus précisément ce que sont les distorsions cognitives, je veux vous partager une activité sur ce thème.  À mon groupe de soutien, nous devions choisir parmi 65 étiquettes une phrase qui nous touchait et dont nous étions CONVAINCUES de la véracité.  Voici ce que mes copines et moi avons choisi.

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Et nous nous sommes toutes battues.  Nous avons argumenté avec les intervenantes, les autres participantes et nous-même.  Pour prouver que c’était vrai…

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Les distortions cognitives:

La littérature en identifie dix.  Je vous résume…

Le fameux « tout ou rien » des amis du monstre.  Noir ou blanc.  Aucune zone grise n’est possible.  Aucune friandise ne sera tolérée.  La journée complète serait gâchée.  Cependant, cette friandise passée, la clôture sautée, aucune privation ou retenue n’en vaut la peine.  Demain sera un autre jour…  Jour 1.  Tout ou rien et pas uniquement pour la nourriture.  Tout et tous sont bons ou mauvais, beaux ou laids.  Il n’y a que deux catégories de tout.

Les distorsions cognitives, c’est TOUT généraliser.  Manger trop un soir de fête et se voir obèse le lendemain.  Généraliser à outrance et apposer des étiquettes systématiquement et de façon virulente.  On a eu une crise, on en fera toujours.  On ne vaut rien.  On ne s’en sortira jamais.  C’est sans issue.  On rejette donc le positif.  On minimise les réussites et on dramatise les échecs.

J’aime voir ces distorsions comme « l’Instagram » de l’alimentation.  Voir la réalité à travers un filtre.  Être obnubilé par certains aspects.  Laisser un seul détail influencer, teinter, toutes nos perceptions, à la manière d’une goutte de colorant dans l’eau.  Sauter à des conclusions beaucoup trop hâtives, toujours.  Un ami ne m’a pas rappelé, il ne veut plus me parler.  Penser pour les autres.  Leur mettre des mots dans la bouche, des idées dans la tête.  Le scénario était là, malgré eux, contre nous.  On se sent attaqué, blessé.  On met la hache dans des relations avant même que l’autre ait ouvert la bouche.  Avant même qu’il ait réalisé qu’il y avait une « situation x ».  On appelle aussi cela de la personnalisation.  Si ma mère semble maussade, elle est certainement fâchée contre moi.  C’est ma faute.

Avoir des pensées irrationnelles mais y croire, tellement fort. C’est troublant.  Se voir agir.  Savoir qu’on est dans l’erreur, que toutes ces idées sont fausses.  Les inscrire sur sa feuille de thérapie pour tenter de les modifier.  Se trouver ridicule, se dire que oui, c’est sensé.  Refuser de voir le non-sens, la maladie.  Alors s’étourdir, encore.  Parce que s’arrêter, se regarder, c’est difficile.

MAIS…

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Se reconnaître à travers quelqu’un d’autre.  Une personne sympathique, gentille, NORMALE.  Ça dédramatise.  On devient ami avec les amis du monstre.  On s’allie, pour mieux combattre.  Ensemble, on trouvera la force de guérir ou du moins…

D’en rire un bon coup.

Comme tout le monde

L’art de manger et la rééducation alimentaire

Rééducation alimentaire…

J’ai sursauté.  Je ne savais pas que cela existait.  Oui!  Pour tous les amis du monstre, indépendamment du trouble et des comportements.  Que l’on mange trop ou trop peu, on a perdu le contrôle, perdu contact avec la réalité.  On doit apprendre à nouveau.

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Réapprendre à manger.

Ces mots…

Arrogants et hautains à mes yeux.  Un appétissant programme comportemental et nutritionnel.  Rencontres individuelles et de groupe, planification de menus, journal alimentaire, repas assistés.

Vous plaisantez j’espère?

Ma privation était choisie et calculée.  Je contrôlais mon esprit, mes jeûnes.  Le monstre était apprivoisé, docile.  Fière et belle, j’étais reine de ce corps frêle et affaibli, je le souhaitais ainsi.

Certes, l’émotion devait se peaufiner.  La gestion et l’expression des sentiments, des crises, se clarifier.  Mais de l’aide pour manger?  Sans façon, merci.  L’assiette du monstre se portait à merveille!  Le jour où je souhaiterais m’alimenter davantage, où j’aurais ce poids et cette silhouette tant souhaités, je le ferais, tout simplement.  Ces chers spécialistes pouvaient se rhabiller.  Ils ne me comprenaient pas.  Ils ne saisissaient tout simplement pas que:

C’était les autres qui mangeaient trop.

Tous!

Je l’ai tellement répété.  La belle affaire…  Quand tous les autres ont tort, il faut retourner son regard sur soi.  Et moi, je dois ouvrir les yeux, je ne contrôle rien.  Mon alimentation part dans tous les sens, au gré des émotions.  Je suis à la case départ.  Se nourrir, pour les nuls.

Apparemment, il faut manger pour vivre.  Je dois m’y remettre, ici et maintenant.  Hier en fait.  Obligation? Choix?  Peur?  Un savoureux mélange des trois.

Cela devrait être agréable, la fête pour moi qui se restreins toujours.  Je dois d’abord freiner la perte de poids.  Les menus seront réévalués après seulement.  Malheureusement, rien n’est simple au royaume du monstre et chaque repas me renvoie en plein visage à quel point j’ai perdu mes repères.

Quotidien devient anxiété.

Dans notre monstrueuse réalité, tout est excès et manger est démesurément compliqué.  J’essaie tranquillement.  Le plonge un orteil dans cet océan alimentaire et, d’un coup, je suis engloutie. La dérape complète, la crise des crises alimentaires.  Je le réalise maintenant.

MOI!

Je ne sais pas.

Je ne peux pas.

Manger normalement.

Voilà!  Ça m’irrite, Dieu que ça me frustre.  Que je me prive ou non, je suis tourmentée. J’ignore tout des comportements dits normaux.  J’angoisse.  Je crois perpétuellement manger avec excès.  J’anticipe chaque repas.  Mon appréhension augmente au rythme des événements qui s’ajoutent à mon calendrier.  Je dis à la blague que me restreindre était plus commode… Mais c’est vrai!  Maintenant, les tentatives me font perdre le contrôle.  Je suis au même point finalement.

En marge.

Toujours.

Jamais…

« Comme tout le monde. »

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Mon corps a oublié…

À cause du temps qui passe.

Des perceptions qui changent.

Des effets du jeûne.

J’ai besoin de leur aide finalement.  Besoin de laisser mon orgueil de côté.  Besoin de ce plan, d’un suivi.  Alors j’y vais…

Curieuse…

Mais détachée.

Et VLAN!

Toutes ces rencontres sont terriblement troublantes.  J’appréhendais davantage le suivi psychologique que nutritionnel, mais c’est l’inverse qui se produit.

J’ai quitté la première rencontre totalement vidée, vannée.  C’était douloureux, confrontant.  Parce que « nommer » est honteux.  Discourir sur mon enfance et mon mal intérieur me convenait parfaitement.  Je m’exprime bien, j’étais à la limite de la poésie.  Parler de nourriture, par contre…  Beaucoup moins reluisant.  Nommer les aliments, les attitudes, les quantités mangées ou non, les comportements compensatoires associés à un aliment spécifique, expliquer nos choix d’aliments, de textures, etc.  Tout ça, je ne l’avais pas prévu.  Le laid haut et fort. Le « deep » sans retenue.  La honte.  Malgré toute leur bienveillance, rien n’aurait pu changer ce sentiment car le propos en soi est douloureux.

Le fameux : « Si la conversation devient trop difficile…  On arrête, on prend une pause, d’accord? »  Je le pressentais en psychologie, pas en nutrition.

Après…

Viennent les objectifs.

Le plan.

On me conseille de prendre trois repas et trois collations par jour, faim ou pas.  Deux jours par semaine, je note le tout sur une jolie feuille.  On me demande aussi de délaisser l’exercice physique le temps de reprendre un peu de poids.  Il faut diminuer le focus des calories et laisser le corps se reposer.  Le corps envoie l’énergie au cerveau d’abord, en laissant donc moins aux muscles, dont le cœur.  Comme moi, mon cœur doit s’apaiser.

Je dois non seulement m’alimenter davantage, mais modifier toutes mes habitudes de vie, ma façon de penser.

Ne plus compter.

Ne plus courir.

Manger.

C’est le monde à l’envers dans la maison du monstre.

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Et comme toujours, je suis ambivalente.  Certains jours, je trouve que leur plan a du sens.  D’autres moins…  Alors pour vérifier, pour confronter mes perceptions,  je m’ouvre un peu à mon entourage, qui reste consterné.  Abasourdi!  Le regard des autres en dit long et c’est souvent à travers les yeux de mon amoureux, bienveillant mais rempli de stupéfaction, que je réalise à quel point mes pensées sont obsessives.

Lui, mange « comme tout le monde ».

Moi, je mange compliqué.

On mange ensemble.

Parfois, je lui partage mes calculs, mes analyses, mes anticipations.  Je lui ouvre mes pensées, mes craintes et je vois, dans ses yeux, à quel point ce qui est si anxiogène pour moi est incompréhensible et démesuré pour lui.

Je lui explique…  Dans ma tête, j’organise ce que j’ai mangé durant la journée.  Je bouge un aliment du matin au soir.  Trop pour un déjeuner, je le compterai pour le souper.  Je compenserai en sport, cette portion correspond à 35 minutes.

Je le questionne aussi.  Quel aliment convient?  Si je prends une collation en après-midi, qu’adviendra-t-il du souper?  Je peux nommer chaque aliment consommé durant la journée, mais je ne sais plus à quoi cela correspond.  Je lui demande son avis.  Repas ou collation?  Quantité suffisante ou exagérée?  L’autre jour, je lui ai demandé de me détailler.  Je suis maigre, mince ou en embonpoint?  Je veux qu’il me dise car moi, je ne sais plus.  Je n’ai plus de recul et je suis fatiguée d’y penser.

Et je vois la stupéfaction dans son regard.  Je vois son incompréhension face à ma propre incompréhension de la nourriture.  Je perçois sa stupeur face à cette attention obsessive, à cette alimentation si difficile.  Dans ces moments…

Il la voit.

La maladie.

Et son regard me confirme être dans l’erreur, me pousse à forcer ces changements afin de voir ce qu’il y a derrière.  Là-bas.  Là où vous vivez.  Là où vous mangez « comme tout le monde ».

Rééducation alimentaire…

Au final, le choix des mots est on ne peut plus adéquat et la tâche est impressionnante.  Réapprendre.  C’est exactement cela.  On nous prend par la main, on nous fait un plan.  Je devrai laisser mon orgueil de côté et écouter ce qu’on a à m’enseigner.

Apprendre à être…

« Comme tout le monde ».

Quand la pression tombe

#blaguesdemauvaisgout

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Amie X:  « Les vins sont un peu chers, mais c’est le meilleur resto du quartier. »

Moi:  « Parfait!  De toute façon, je ne mangerai pas. »

MALAISE…

Amie Y:  « Je vais te prendre un muffin si ça va. »

Moi:  « Oui.  Je vais prendre les 5 autres. »

MALAISE…

Mon amoureux:  « Je vais grignoter tout l’après-midi chez mes parents.  Je ne dînerai pas avant. »

Moi:  « Mais non, c’est moi ça… »

ON RIT JAUNE…

Mon amoureux:  « C’est pas stressant.  Au pire, on coupe ailleurs. »

Moi:  « La bouffe!!!  On peut manger moins. »

Lui:  « Pas ce que j’avais en tête. »

JE POUFFE…

Briser le silence veut également dire se libérer.  Laisser tomber la pression, le poids des secrets qui duraient depuis si longtemps.  Pour moi, cela veut également dire se permettre une petite blague de troublée alimentaire de temps en temps.  J’adore rendre mes proches mal à l’aise.  Allez les amis, ça peut aussi être drôle et ça change de mon humeur habituelle.

Mieux vaut en rire qu’en pleurer.

Moi:  « Je dois être à jeun demain matin, prises de sang. »

Amie Z:  « Ce sera pas difficile… »

#JEVOUSAIME

Pigeon voyageur

Les effets du jeûne – Le monstre s’en va-t-en guerre

Il existe un côté fort scientifique aux troubles alimentaires, logique même.  Nombreux sont les comportements qui s’expliquent rationnellement et, aujourd’hui, je vous ramène sur les bancs d’école.  J’ai envie d’aborder les effets de la privation qui touchent pratiquement tous les troubles alimentaires, à différents degrés.  Je dois moi-même les comprendre pour y faire face.  Pour vaincre ma phobie des grammes, changer ce mode de vie si toxique et… Guérir.  Je veux vous effrayer un peu aussi, vous mettre en garde.  Le corps et l’esprit sont stupéfiants, il faut être bienveillant à leur égard.

 Il a fait la guerre le monstre…

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Une étude* américaine, datant de la deuxième guerre mondiale, démontre qu’une personne s’exposant à un jeûne prolongé, ainsi qu’à un entraînement physique intensif, développera les mêmes séquelles physiques et psychologiques qu’une personne souffrant d’un TCA.  Le manque de nourriture affecte non seulement le corps, mais le cerveau et son fonctionnement.  C’est chimique, tout ce qu’il y a de plus scientifique.

Cette étude…

Loin de l’éthique, mais si révélatrice.

Des hommes, en bonne santé, se sont soumis à 6 mois de privation alimentaire.  En une journée, on ne leur permettait que la moitié des calories dont ils auraient normalement eu besoin. Le tout, visant une perte de poids de 25%.  Une importante activité physique s’ajoutait à cette diète soit 22 miles de marche par semaine.  Par la suite, ces hommes ont recommencé à se nourrir normalement, sur une période de 3 mois.  Cette étude poursuivait deux objectifs distincts: Observer les effets de la dénutrition sur un individu sain et déterminer les méthodes de réalimentation les plus efficaces d’une personne en sous poids.

Le bon vieux temps!  Expérimenter des atrocités sur monsieur madame tout le monde.  Je plaisante, c’est horrible!  Cela dit, cette étude s’est avérée très significative et est encore utilisée dans la compréhension et le traitement des troubles alimentaires.  Ces pigeons de guerre nous ont rapporté un message chargé de découvertes, de surprises et de mises en garde.  Au final, ces participants ont créé leur propre monstre.  Ils ne s’alimentaient plus.  Ils se sont transformés, tant physiquement que psychologiquement.

Je suis comme eux!

Nous sommes comme eux!

Comme ces hommes, des pensées obsessives m’envahissent.  Nourriture, contrôle, reprise ou perte de poids, il n’y a que cela…  Avant, ils discutaient guerre et politique.  Maintenant, ils ne parlent que de nourriture.  Pourquoi une telle fixation?  Car un corps affamé cri, hurle au cerveau qu’on le nourrisse et l’ignorance de ce message ne rend que les pensées plus agressives et envahissantes.

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Chimie!  Le manque de glucose au cerveau affecte son fonctionnement, tout simplement. Toutes les facultés sont altérées…  La pensée, l’attention, la concentration, la raison, la mémoire, la gestion des émotions, de l’impulsivité, le développement même.  On change.  On devient tourmenté, voire dépressif.

Absent.

En marge.

Des pensées irrationnelles apparaissent.  Nos perceptions sont affectées, de plus en plus, au fur et à mesure que la privation s’intensifie.  Portions, quantités, urgence de manger… Ou pas.  On ne sait plus.  Le fameux trouble du schéma corporel apparaît (Bella).  Cette distorsion de l’esprit qui ravive la phobie de la nourriture.  Plus on jeûne, plus nos perceptions et notre jugement sont influencés, modifiés.

Et toute la nuance est là…  Ce n’est pas uniquement le sentiment de faim qui crée les comportements, mais l’effet chimique de la privation sur le cerveau.  Voilà pourquoi on ne peut pas simplement « manger normalement » pour guérir.  Nous n’en avons plus la capacité.

Comme pour ces hommes, la privation nous pousse à la compulsion.  Après la crise, la poussière retombe, on jeûne à nouveau.  Tout ce qu’il y a de plus sensé pour un esprit malade.  On se prive, jusqu’à la prochaine fois, jusqu’à ce que le corps ne se contrôle plus.  Privation mène à compulsion, inévitablement.  Puis se succède la honte, la culpabilité, et la privation revient au galop.

Et voilà la roue, l’engrenage diabolique.

Il faut le comprendre.

Pour l’arrêter.

Il faut le comprendre et le raisonner car, pour une personne malade, c’est naturel, cohérent même.  D’ailleurs, lorsque je me tape sur les doigts, que je pense devenir folle, ma nutritionniste me répète: « Non, c’est tout à fait logique et sensé…  Rationnel, dans l’optique du trouble alimentaire.  Par contre, c’est la voix de la maladie qui parle. »

Cette voix!

Si envahissante.

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Puis, à ce fardeau psychologique, s’ajoutent les symptômes physiques, qui vont bien au-delà de la perte de poids.  Même constat au royaume du TCA que pour ces hommes affamés.  Le métabolisme ralenti.  Le corps vit un long moment sans nourriture puis en reçoit rapidement une quantité impressionnante et ne sait plus comment se comporter, comment gérer.  Dès que l’on mange, à peine, on se sent lourd.  La privation et les crises compensatoires amènes également le corps à chercher l’hydratation et donc, à retenir l’eau.

On enfle!

Grand dieu!

Oui!  Quand on jeûne (ou purge), on enfle.  Alors on se convainc que la dernière crise nous a fait prendre du poids, en quelques heures seulement.  Ce sentiment est donc plus que véridique pour nous.  On le sent même dans nos vêtements.  L’anxiété revient, la privation suit.  L’engrenage se remet en marche.  Il faut le vivre pour comprendre à quel point cela est anxiogène.  Tellement, qu’on m’a conseillé de porter des bagues.  Pour l’expérimenter, pour me prouver que ce gonflement n’est qu’enflure et non grammes.

Ce n’est pas tout.  Il y a la fatigue quasi chronique.  Je suis fatiguée et pourtant, j’ai de la difficulté à dormir.  Mon corps se bat, ne se repose jamais.  Mes muscles sont lourds et fatigués.  J’ai la peau, les cheveux secs.  Je suis en hypothermie constante.  Je ne distingue plus les sensations de faim et de satiété.  S’ajoute à tout cela ce que les examens médicaux plus poussés révèlent sur notre manque de vitamines, sur nos os qui deviennent fragiles.  Le système digestif, nerveux, musculaire, cardiovasculaire, TOUT part en vrille.

Alors, si la privation est si dévastatrice, pourquoi se l’imposer?  Pourquoi s’infliger tant de souffrance?

Car on ne la contrôle pas…

La maladie du contrôle.

Cela revient souvent dans les groupes: un régime qui dégénère.  Le monstre prend le dessus.  La privation active le trouble.  C’est pour cette raison que plusieurs TCA se déclenchent suite à une, en apparence, innocente diète.  Fascinant!  Tout débute par la volonté d’être en santé, en forme.  Certes, certaines prédispositions doivent être présentes, mais les régimes privatifs ravivent incontestablement le brasier du trouble.  Le cerveau devient malade, les conséquences s’enchaînent l’une après l’autre.  On bascule, les démons reviennent.  On perd le contrôle, contact avec la réalité.  Notre esprit nous joue des tours.

On n’existe plus…

Tous ces effets sont lourds, excessivement néfastes et parfois beaucoup plus importants que tout ce que je décris plus haut.  Plusieurs vivent avec un TCA depuis bien plus que 6 mois ou, utilisent des méthodes purgatives, ce que l’étude n’expérimentait pas.  Malheureusement, ces facteurs supplémentaires ne font qu’aggraver l’état de santé.

Finalement, toutes ces séquelles s’ajoutent aux blessures de l’âme.  À cette fragilité des émotions, aux blessures du passé.  On devient victime…   De la maladie, de soi, de notre cerveau malade, de la roue qui tourne.  Croyez-moi, il est beaucoup plus simple d’y rester que d’en sortir.

Ce cycle.

Toutes ces conséquences.

Comment y mettre fin?

EN MANGEANT!

En rééducation alimentaire.  Avec de l’aide professionnelle.  Avec un suivi nutritionnel. De façon prescriptive.  Comme si c’était un médicament d’ordonnance.  Trois repas et trois collations par jour.  Faim ou non.  Crise ou pas.  Pour arrêter la roue, inverser cet engrenage si toxique.  Pour sauver le corps et l’esprit.  Pour accéder à soi.  Après seulement, on peut commencer à guérir les blessures du cœur.

Je m’en vais en guerre.

Contre le monstre.

Contre moi-même.

*Étude détaillée dans le livre « The Great Starvation Experiment » de Todd tocker en 2006

Le monstre

Pourquoi cette métaphore?

Vous êtes plusieurs à m’écrire à propos du MONSTRE.  Pourquoi cette image? Pourquoi utiliser la troisième personne?

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Je vous partage mon secret…

Le monstre.

Il existe.

Lorsque l’on souffre d’un TCA, on a l’impression que la maladie est une entité à part entière, qu’elle a emprise sur nous.  Lors de crises, on n’existe plus.  « L’autre » prend la place, le dessus, agit.  Cela s’apparente à la sensation d’être grisé, en dehors de son corps. Et puis on l’entend aussi « l’autre », à travers nos pensées.  On est influencé, poussé à l’excès.

Je vous arrête tout de suite.  Cela n’a rien à voir avec un dédoublement de personnalité, bien que plusieurs amis du monstre le redoutent.  Cette sensation est typique et particulière aux victimes de troubles alimentaires.

D’ailleurs, cela vous paraîtra étonnant mais, en thérapie, on demande souvent de le prénommer, le trouble.  Lors d’un groupe de soutien, on m’a aussi amenée à le dessiner afin de m’y adresser, de lui dire ma façon de penser.

Ok!

Je vous entends rigoler!

Faut vivre pour saisir.

En résumé, nous partageons donc notre quotidien avec un ami.  Il est pénible, sournois et a une horrible influence sur nous.  Il est mesquin, embarrassant et nous vole de précieuses années.

Bon d’accord…

Il est tout sauf amical mon copain mais, jusqu’à preuve du contraire, je suis prise avec lui.

Alors, autant lui donner un petit nom.

 

Là d’où je viens

Mes racines, mon trouble alimentaire – Revivre le passé pour vivre à nouveau

« Pourquoi? »

Cette question, posée lors d’une rencontre ouverte, j’en parle dans « 20 grammes ».  Elle revient de façon récurrente dans les témoignages, les groupes, dans ma tête.  Je n’ai pas trouvé ma vérité mais j’évolue et, tout comme moi, mes questionnements se transforment.  « Pourquoi? » devient « d’où? ».  Si le monstre vit en moi.  Si nous ne formons qu’une seule entité.  Si je cherche à comprendre d’où IL origine. Je dois comprendre d’où JE viens.

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Là d’où je viens…

Je viens de la violence et de l’agressivité.  Je viens de la peur et de l’appréhension.  Je viens de la vulnérabilité qui subit honteusement.  Je viens de l’humiliation répétée, tolérée, excusée.  Je viens du verre éclaté, des murs explosés, des cœurs brisés.  Je viens de la manipulation, du mensonge.  Je viens de la tromperie, de la suspicion. Je viens de la crainte de l’autre.  Je viens de l’inexcusable trop souvent pardonné.  Je viens de la beauté démesurée, valorisée.  Je viens du regard de l’autre, du jugement.  Je viens des attentes, de l’insatisfaction.  Je viens de l’abandon et de la trahison.  Je viens de cette recherche désespérée de reconnaissance, d’amour.  Je viens de l’autre avant soi.  Je viens du nœud dans l’estomac, du vide à combler.  De ce vécu est née une fillette délicate, apeurée,  devenue femme fragile.  De toute cette brutalité a émergé un monstre insidieux, fourbe, qui attaque sournoisement.

Replonger en moi. Revivre ces émotions si difficiles, lointaines mais si présentes.  Je dois les ressentir afin d’être à nouveau bienveillante à mon égard.  Me reconnecter à mon être pour développer de nouveaux modèles, de nouveaux automatismes, un nouveau discours intérieur.

On dit des victimes du monstre qu’elles tolèrent la souffrance physique et mentale mieux que quiconque.  On dit que nos mécanismes de défense sont si puissants qu’ils nous grugent complètement.  On se protège.  On ne peut plus.  On se braque, on résiste.  On se refuse à nos démons, à tous leurs liens brisés.  Ce qu’on croyait anecdote devient traumatisme. De ces relations conflictuelles nait lors une relation fusionnelle avec un monstre dangereux.  Quand souffrance engendre souffrance.  On n’existe plus.  Je n’existe pas.  Je suis ce trouble.

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Je suis la peur et l’appréhension.  Je suis la tristesse, la mélancolie.  Je suis le passé, le futur, jamais le présent.  Je suis le doute, l’amertume, la culpabilité.  Je suis tant le contrôle que sa perte.  Je suis la crainte des blessures, de la souffrance.  Je suis la honte, le refoulement, le caché.  Je suis la comédie, l’exagération, l’excès.  Je suis la colère, la révolte.  Je suis ce vide à combler.

Nous venons tous de quelque part.  Nous pouvons choisir où nous irons.  On dit que colère engendre action, passage à l’acte.

Je suis aussi amour et espoir.

Je serai guérison et résilience.