À toi

Absurdités thérapeutiques et trouble alimentaire

Quand on entreprend une thérapie, on en voit et en entend de toutes les couleurs. Je dois être honnête, la thérapie m’apporte beaucoup. Sincèrement, BACA m’a sauvé du « deadend » où je me dirigeais. J’ai également lu beaucoup de livres, d’articles, de billets sur les troubles alimentaires et surtout, sur comment en guérir. J’ai échangé, discuté, avec beaucoup, beaucoup de gens…

Il y a du bon dans tout… Du moins bon aussi. Il y a des faits et des opinions. De tout quoi, et même en thérapie.

Depuis la création de ce blog. Je me suis fait une amie. Une lectrice assidue qui m’écrivait souvent est devenue une amie, une confidente. C’est une belle jeune femme, la vingtaine. Elle est autonome, a un chez soi bien à elle et un bon emploi. Elle se bat contre son trouble alimentaire et, comme moi, va en thérapie. Au travers de cette thérapie, on lui a offert « des outils ». On lui a donné des moyens efficaces qui lui ont permis de cheminer. On l’a accompagné à différents moments de sa guérison et je peux témoigner de tout le chemin parcouru.

On lui a également proposé ceci comme moyens pour l’aider à gérer ces émotions et éviter les crises :

J’ai copié/collé les astuces…

Allez dans une animalerie.

Passez du temps avec votre animal de compagnie.

Tenez et/ou dites à votre animal tous vos sentiments.

Construisez une tour et frappez la pour qu’elle tombe.

Lavez la voiture d’une amie.

Enseignez à un enfant à jouer à un jeu.

Jouez à votre jeu favori avec un enfant et/ou passez du temps avec lui.

Caressez un toutou ou une poupée.

Je ne vous le partage pas pour en rire ou pour dénigrer qui ou quoi que ce soit. Je ne mettrai d’ailleurs pas la source. Je voudrais juste qu’on se questionne… Parce que pour moi, c’est frustrant. Frustrant et infantilisant. C’est le genre de feuille que je mets au recyclage en criant un traditionnel « ils ne le vivent pas, ils ne le comprennent pas ».

L’un des points communs des gens souffrants de troubles alimentaires est le sentiment de solitude et celui de ne pas « fiter ».

Vivre avec un trouble alimentaire, c’est porter un étiquette de santé mentale. C’est attendre, au public, sur un banc d’hôpital sous l’enseigne « santé mentale ». C’est lourd à porter pour des gens pour qui l’apparence…. Ah l’apparence, est si importante.

Alors quand je reçois des conseils similaires à ceux de mon amie. C’est mon orgueil qui a mal. C’est mon intelligence qui est déçue et c’est tous les regards que je sens sur moi à me juger.

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Belle amie qui me lit et m’écrit,

Sache que tu n’es pas seule. Sache aussi que tu n’es plus où tu étais lorsque je t’ai connue. Comme toi, j’aspire à un quotidien plus calme, plus « normal ». Comme toi, ma route vers la guérison est sinueuse et le processus souvent décevant.

Et sache que comme toi…

Quand je tombe en crise, je ne peux me raisonner. Je sais que je vais me sentir horrible, que je vais le regretter mais… Cela va au-delà de ma volonté. Dans mes billets, je réfère aux TCA comme à un monstre mais, c’est partout dans la littérature, cette idée d’une entité plus forte qui prend le contrôle. Ceux qui vivent avec leur monstre, comme toi et moi, connaissent si bien ce sentiment et, ça me surprend que…

Quelque part

Quelqu’un

Ait pu croire que « flatter un toutou »

M’aiderait…  Ou t’aiderait

Avoir su…

Je les ai tous envoyés à Renaissance.

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Pseudo-rémission et trouble alimentaire

Ou comment sauver les meubles avec 20 lbs.

Plusieurs m’ont écrit pour savoir comment on se portait, lui et moi.  Je suis restée silencieuse, j’en suis désolée. Puis, Facebook m’a envoyé des souvenirs:  des photos de moi, des moments de vie bien marqués dans le temps, car tellement souffrants. Des photos où je me trouve jolie. On dit malade, je dis mince… Allez savoir.

Facebook m’a aussi envoyé des souvenirs de ce blog. Des billets, plein d’espoir. Deux ans et demi depuis le premier texte… 26 ans de maladie. Une maladie qui a changé avec le temps, une maladie bien enracinée à l’intérieur de moi. Une maladie qui m’a volé tellement de temps, d’années, de moments… 

Je ne voulais pas m’y remettre, je ne voulais plus en parler… Parce que je suis toujours assise sur ce divan du cinquième chaque semaine, parce qu’on me pèse toujours sur cette même balance et parce que je dis encore les mêmes incohérences à ces gens si bien formés et si intelligents.

Vous savez?  Je l’ai fait leur thérapie. Cette année je l’ai fait, « faire confiance à la méthode ».  Leur « essaie et tu verras ».   Tenter de manger 3 repas et 3 collations. Reprendre du poids, reprendre un rythme normal de vie.

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Alors me voici, un compte en banque bien vide, 20 lbs en plus et toute aussi torturée de l’intérieur. L’obsession de perdre à remplacer celle de maintenir. Les comportements demeurent. Je mange et les crises arrivent tout de même. On m’explique qu’il n’y a pas que la vraie privation alimentaire. Il y a aussi la privation cognitive.  Torture intellectuelle…  On me l’avait cachée, quand on m’a dit « ESSAIE ET TU VERRAS ».  L’idée que, même si l’on mange normalement, si notre tête pense, calcule, réduit… On aura tout de même des crises. Alors crises pour crises ? J’aimais mieux quand j’étais en sous poids.

Autour de moi, je sens le soulagement.

J’ai repris des couleurs, on dit « ouf ».  J’ai pris une grandeur dans mes vêtements, on dit « ouf ».  On ne me demande pas comment je vais, on ne me demande pas si c’est difficile. On dit « ouf, tu sembles radieuse! »  Et on change de sujet, rapidement…  Avant que j’aie la chance de dire que je déteste cela, que je ne suis pas bien, que j’ai mal, encore.

J’entends « fiou », j’entends qu’enfin je me suis calmée. J’ai arrêté de chercher l’attention. On l’a échappé bel quoi, enfin. Pourtant, c’est le plus difficile. Reprendre, ressentir… Ne pas s’aimer. Mais on n’en parle pas. Une grandeur de pantalon, un beau bilan sanguin, ça contente les gens, ça sauve les apparences.

Et les gens…

Ah… 

#lesgens

et leurs commentaires.

Apparemment, tout le monde me trouvait trop maigre et tout le monde me mantait car, maintenant, ils m’en parlent de cette prise de poids si merveilleuse…  Ils ont l’œil qui s’illumine, ils se surprennent de me voir ainsi. Ils sont ravis…

Et moi, je meure.

Je crève.

D’humiliation.

Reprendre du poids, changer ce corps qui nous satisfaisait pour en accepter un nouveau dont on ne veut pas. S’aimer « quand même », s’accepter « malgré ». Je dis encore non, alors ça serre à l’intérieur.  Alors je me prend en photo, pour savoir.  Je me lève la nuit pour me regarder, me toucher.  Toucher ce qui les fait tous jubiler et qui, moi, me torture continuellement.  Je reste éveillée tard, avec lui, et ensemble on  retombe dans tous nos comportements. 

On crie haut et fort aux femmes plus rondes de se trouver belles ainsi, de s’accepter.

F*** les autres.

Tu es belle et tu te fous de ce que les gens pensent.

Moi je n’ai pas le droit de dire cela. Apparemment, ce « F*** les autres » ne s’applique que dans le plus, pas le moins. Moi, je m’aimais plus petite, les os qui pointent, les joues qui creusent. Mais moi… Je ne peux pas dire F*** à tous. Parce que ça dérange. Parce que la maladie pense et parle à ma place.  Alors on se rejouit de cette prise de poids, on se réjouit de me voir au restaurant, et…

On me dit F*** si tu ne t’aimes pas comme cela.