Sale

Troubles alimentaires – Le « deep » au quotidien

J’essaie habituellement de ne pas tomber dans le cliché sensationnaliste, dans la description de comportements.  Par contre, par ce blog je veux expliquer…  Présenter la réalité des troubles alimentaires et, en même temps, mettre certaines choses au clair.

« Pourquoi…

Par la censure des mots, garder les gestes secrets? »

Ce sont les paroles de ma meilleure amie.   Elle a raison.  Les troubles alimentaires sont sous-estimés et incompris parce que trop souvent  gardés secrets.  Les gens voient la commande d’une salade au restaurant.  Rien de trop « trash ».  La vérité est toute autre. Ce n’est pas beau vivre un TCA.  Si vous me connaissez personnellement, si vous m’aimez, il se peut que ce texte soit difficile.  À vous de choisir…

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Les « BINGES »

Cela vient de « Binge Eating Disorder (BED) ». Manger beaucoup, en peu de temps.  En ce sens, avoir un trouble alimentaire et des crises: ce n’est pas être épicurien.  Cela n’a absolument rien à voir avec l’amour de la haute gastronomie, des desserts et du bon vin. Ce n’est pas non plus prendre un repas magistral au restaurant ou trois desserts un soir. Ce n’est, d’aucune façon, le plaisir de manger.

C’est un mode de vie survie.

Un mécanisme de défense qui peut faire manger un pain entier et un pot de beurre d’arachide en un temps record.  C’est ressentir une urgence telle de soulager son cœur que l’on ne peut attendre le grille-pain, alors on mange des bouts de pain encore gelés et du beurre d’arachides à la cuillère.  Croyez-moi, tout y passe.  Peuvent suivre tant des biscuits que du maïs en crème, ou les deux ensemble.  Un TCA c’est, sans raison apparente, beurrer absolument et démesurément tout, parce que, normalement, on s’interdit le beurre. Souvent, on quitte la cuisine ou la maison après et, lorsqu’on y revient, on retrouve une scène de crime.  De la vaisselle sale, des ustensiles, des miettes…  Ranger fait mal au cœur.

C’est également manger les mêmes aliments, jours après jours, semaines après semaines. 1 tasse de laitue, ¼ de tasse de tomates, ½ tasse de poivrons et 2 c. à soupe de vinaigrette légère.  Le tout, calculé avec précision, mois après mois.  Tout cela, sans émotions.  Sans faim et sans fin.  Reprendre le contrôle de sa vie par le contrôle de son corps et de son alimentation.  Du compliqué, au quotidien.

Tous ces détails sont ceux du caché, du « deep ».  Ce sont ces détails honteux qui sont, au final, beaucoup plus difficiles à confier que les douleurs de l’enfance ou les blessures d’un cœur amoureux.

Parler nourriture…

Ce n’est pas chic.

Pas plus chic que les comportements compensateurs d’ailleurs.  L’exercice, les jeûnes, les pilules magiques, mais surtout les purges.  Ça, ça fait peur à beaucoup de gens…

LES PURGES

L’ultime question:

« Mon Dieu, te fais-tu vomir? »

Comme si cela distinguait ce qui est grave ou non.

En réalité, c’est assez banal et, en clinique alimentaire, considéré moins alarmant et néfaste que la privation.  Pour nous, c’est viscéral.  Pour les gens qui purgent, ce qui est consommé doit être éliminé.  C’est difficile!  Cela demande de l’énergie, du contrôle et du temps.  Bouchée après bouchée, vomissement après vomissement.  Ce n’est pas non plus les vomissements « faciles » d’un excès d’alcool.  Le liquide d’abord, les aliments ensuite.  Les aliments solides, c’est un sport.    C’est un long et lent processus que seuls ceux et celles qui s’y compromettent peuvent comprendre.  C’est être courbaturé le lendemain.  C’est difficile, SALE…  Salutaire!

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Puis, vient la honte.

Les yeux enflés qui trahissent.

La lourdeur de l’animalité des gestes.

C’est douloureux aussi, pour le cœur et le corps.  Douleurs aux mains qui se blessent contre les dents.  Maux de gorge.  Blessures et marques au visage à trop forcer.

Mal au cœur de s’infliger tant de souffrance.

On s’abime le corps et l’esprit.

Très souvent, nos coquetteries comme se maquiller beaucoup ou tous les jours ne sont, en bout de ligne, pas des superficialités mais des tentatives pour masquer les marques laissées par le monstre et ses comportements destructeurs.  Les veines autour des yeux éclatées, les paupières et  les mains blessées, la déshydratation, la peau sèche, les cheveux et les ongles qui ne poussent plus…

La dame de la station-service me trouve belle, elle me l’a dit.  Elle aime mon maquillage foncé: « comme peu de gens peuvent porter ».  Elle aime ce noir charbonneux qui cache l’enflure de mes yeux, les veines éclatées et la peau sèche de mes paupières.  Ça, elle ne le sait pas.  Elle a aussi remarqué mes ongles: Valentine, la couleur.  Par contre, elle n’a pas vu les coupures sur mes jointures, les traces laissées par mes dents.  Moi, ces coupures, je les vois tous les jours.  Quand je conduis, me lave les mains, donne la main à mes enfants…  Je les sens.  L’été, elles ressortent au soleil.  Ces cicatrices ne partiront jamais, même lorsque je serai guérie.

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Marquée au fer.

Par les brûlures du quotidien.

Cela aussi, ça fait partie du caché, du « deep ».  Pourtant, ça s’impose, comme seule et unique solution.  Le seul moyen de reprendre le contrôle, de ne pas prendre trop de poids en attendant de trouver une autre façon, plus saine.  En attendant de trouver un autre moyen de contrôler la situation.

Aujourd’hui, je « patch ».

Demain, je réglerai le problème.

Je désire revenir sur un point : les vomissements ne définissent pas le trouble alimentaire.  Ce n’est pas la différence entre « vraie » et « pseudo-maladie ».

Quand j’ai brisé le silence pour la première fois et que j’ai finalement contacté un organisme d’entraide, c’est la première chose qui m’a frappé : la personne au bout du fil ne m’a pas dit : « Oh my god!  Non mais, te fais-tu vomir? ».

Elle m’a écoutée.

Elle m’a accueillie.

Ce n’est pas tout…

Le monstre a plusieurs autres vices cachés.

L’EXERCICE

Celui qui n’a plus rien à voir avec le plaisir et la santé physique.  Celui qui brûle et compte les calories.  Celui qui est encore au gymnase à 23h00.  Celui qui marche toutes les distances pouvant possiblement être marchées.  Celui qui essouffle le corps, le cœur, et l’esprit.  Celui qu’on nous demande d’abandonner en thérapie.

LES JEÛNES

Les périodes de jeûnes!  Des heures et des jours entiers sans manger, à calculer les calories compensées par cette abstinence alimentaire.  Maux de tête, étourdissements, hypothermie, déshydratation.  Tout cela s’additionne aux pensées obsessionnelles et aux sautes d’humeurs.  Jeûner…  C’est sentir chaque pas, chaque mouvement, chaque geste que l’on fait et se demander combien de temps on pourra encore tenir.  C’est la lourdeur, encore une fois, du corps, du cœur et de l’esprit.

LES « PILULES »

Nous, amis du monstre, avons aussi une pharmacie assez particulière.  Certains utilisent des laxatifs, des diurétiques, des coupe-faim et les fameux « fat-burner ».  Se sentir plus léger à fort prix.  Un poids immense pour la santé.  S’enchaînent souvent maux de ventre et dérèglements digestifs.

Beaucoup de sous.

De grandes illusions.

Une détresse infinie.

Si vous ne vivez pas la maladie et que vous me lisez, je comprends que tout cela semble difficile à saisir.  Parce que vous mangez tous les jours et que pour vous, c’est simple et anodin.

La vérité est que les personnes souffrant d’un trouble alimentaire sont aussi brillantes que les autres (Meh…).  Elles n’ont pas « pas compris » comment s’alimenter normalement.  Elles savent bien que la privation entrainera forcément la compulsion.  Ce n’est pas de l’ignorance.  Elles savent et, pour la plupart, pourraient élaborer un plan alimentaire faisant prendre ou perdre du poids à quiconque.  Elles ne sont pas non plus des cocottes superficielles.

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Elles sont aux prises avec un monstre.

Elles se débattent.

Elles essaient de garder la tête hors de l’eau.

Si vous accompagnez quelqu’un qui adopte des comportements qui vous paraissent choquants, essayez de ne pas jouer les indignés.

En cachette, préparez-vous…

Préparez-vous à entendre qu’elle a les mains lacérées, les yeux boursouflés et que c’est pour cela qu’elle se maquille et porte de belles lunettes de soleil.  Préparez-vous entendre qu’elle se fait vomir et retombe en crise moins d’une heure après, suivent d’autres vomissements, parce que le cœur prend toute la place, parce que la douleur l’emporte.

Ouvrez-vous à cette souffrance, car ces comportements sont excessivement difficiles à avouer.  Sur l’échelle de la fierté, c’est très bas!  Ce n’est pas une réussite de vie, disons.

Dernièrement, j’ai eu une belle conversation avec l’une de mes amies qui a eu connaissance de certains de mes comportements.  J’ai parlé de mon enfance difficile, de mes relations aux autres, des drames de ma vie de façon stoïque mais, lorsque le mot « vomissements » a été soulevé, elle a été surprise de ma réaction: j’ai éclaté en sanglots.  Parce que c’est honteux, parce que c’est mon côté sombre.

S’ouvrir sur le « deep », sur ses démons.  Se livrer entièrement.  Si une personne vous fait à ce point confiance : taisez-vous et  soyez présent.  Ouvrez-vous à la vraie souffrance, celle qui se cache derrière.   C’est ce dont elle a de besoin…  Un regard compréhensif, attentionné.

Une épaule pour pleurer.

L’amour qui nourrit.

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5 réflexions sur “Sale

  1. Y-a-t-il de l’espoir de s’en sortir.

    J’ai 60 ans et c’est toute ma vie. Me battre , contre ce démon c’est ce que je fais chaque jour depuis plus de 50 ans .

    Vous m’avez décrit de façon épeurante et vraie.
    Merci. Bonne continuité

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Hélène. J’ose croire que oui, il y a de l’espoir et ce, indépendamment de l’âge ou du sexe. On chemine toujours, jamais au point de départ. Par contre, je réalise qu’on ne peut s’en sortir sans être outillé et accompagné. Avez-vous des ressources, de l’aide, du support? Je vous souhaite des gens de confiance autour de vous. N’hésitez pas m’écrire pour des ressources ou juste parler un peu. Bonne chance. Xxx

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    1. Un caprice… « Juste… Mange comme tout le monde ». Je comprends. Les gens ont de la difficulté à imaginer ce que l’on peut vivre car eux mangent tous les jours et c’est simple pour eux. Alors, ils croient savoir… Mais non! C’est exactement ce que j’ai voulu expliquer par ce texte. Je suis contente que mes mots te rejoignent et j’espère qu’ils trouveront une oreille attentive dans ton entourage. Bonne chance! Merci de me lire. N’hésite pas à m’écrire.
      xxx

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