Excessive

Le trouble alimentaire ou l’urgence de l’émotion

Ce texte est pour les gens qui souffrent, mais également ceux qui vivent avec nous.  Je suis difficile…  Je le sais. 

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Souffrir d’un trouble alimentaire, c’est vivre dans l’urgence.  L’état de crise, au quotidien.  C’est avoir l’impression constante de DEVOIR AGIR ou RÉAGIR.  Ici.  Maintenant.

 L’urgence de manger.

L’urgence de compenser.

On se jette.

Dans tout!

C’est se retrouver debout à fixer les placards.  Sentir à la fois l’urgence de manger « normalement » pour se guérir et la peur de l’excès, de la perte de contrôle.  Vient alors l’urgence de ne pas manger.  L’esprit change d’avis, de perception, en un claquement  de doigts.  D’un extrême à l’autre, à 4 heures du matin.

C’est se peser après avoir mangé et constater un gain.  Sortir en urgence pour acheter une seconde balance et revenir se peser.  PLUS LOURD!  Sortir courir, le cœur bouillonnant.

État d’urgence.

Air bête.

Caractère qui tue.

Ne me parlez plus.

Regarder le calendrier.  Rien demain…  Je ne mangerai pas (c’est surréaliste).

 La nourriture?

Oui…

Tout le reste aussi.

C’est l’incapacité d’attendre et l’urgence des décisions.  Devoir agir, dans le présent. Chercher des réponses, des explications.  Choisir un « non » à l’attente.   C’est vouloir tout, ici et maintenant.

Je veux et j’exige.

En fait non…

Tu aurais dû savoir!

C’est se jeter dans un projet.  Tout acheter.  Tout préparer.  Devenir expert.  Là, tout de suite.  Il faut le faire maintenant!

 Se teindre les cheveux 4 fois en 2 jours (true story).

C’est profiter d’un événement social puis, devoir quitter maintenant, sur le champ.  Parce qu’on ne se tolère plus, l’urgence nous envahit.

C’est également l’incapacité de prendre du recul.  Subir les comportements et les paroles des autres sans être capable de les analyser, sans relativiser.  Jamais!

Juste…

Y réagir avec fougue.

C’est l’insomnie.  La tête qui bourdonne.  Le sentiment d’être agressé.  L’urgence de régler les choses, de dire ce qu’on pense, de crier qu’on a été blessé.  C’est écrire un message beaucoup trop sentimental et d’une longueur excessive à 2 heures du matin, à quelqu’un qui ne comprendra pas de quoi il est question.  Quelqu’un qui n’avait pas réalisé qu’il y avait une situation X (je les écris en bloc-notes maintenant;  je ne les envoie plus).

C’est assumer qu’une relation est terminée lorsque l’on n’a pas de nouvelle durant une ou deux journées.  L’absence d’évènement signifie rejet.  Pas de gris possible.  Tout ou rien, dans tout!

Nager en plein délire…

C’est épuisant.

Je suis épuisée.

Alors, souvent, les mots restent pris, les paroles ne suivent pas l’émotion.  On reste avec l’urgence, la rage.  Le monstre nous envahit.  On perd le contrôle ou on tente de le reprendre.  C’est toxique.  On étouffe de l’intérieur.  Je suis calme et agitée.  Je suis réactive.  J’implose puis j’explose avant même d’avoir entendu le propos.  Tout est dirigé contre moi, malgré moi.

Pourquoi?

Je le sais…

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Parce que pour nous, faits et perceptions ne font souvent qu’un.  Le recul est difficile, voire impossible.  J’ai lu une belle analogie : on comparait un événement et les pensées qui l’accompagnent à un film et le récit qu’on peut en faire.  Les récits peuvent varier d’une critique à l’autre. Selon l’humeur, le vécu, l’appréciation du film, les propos vont différer.  L’histoire reste la même, mais chaque personne peut la relater différemment.

Moi, mon esprit ne dissocie plus l’événement du récit que j’en fais.  Je confonds perception et réalité.  Mes pensées sont vérités.  Mes perceptions, des faits irréfutables.  Et cette perception qui m’est si réelle est influencée par la maladie, la faim, les distorsions du cerveau.  Mon récit est rarement juste, généralement plus sombre que la réalité.

Je vis le drame au quotidien.  Je suis seule à jouer dans ce film, à l’écart, en marge.  Les autres n’ont pas le même scénario.  Alors je réagis, continuellement, car on ne vit plus les mêmes événements.  On ne parle plus le même langage, on ne se comprend plus.

On me dit d’éliminer les « je devrais » et les « je dois » de mon vocabulaire…  C’est plus fort que moi.  C’est urgent!

 Réactive.

Survoltée.

Soyons honnête…

Difficile.

À ceux qui vivent avec moi…

Merci!

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