Jour de pesée

La reine des balances et le pouvoir de l’image

AVANT:

6h45

Jour de pesée!

Visite en clinique alimentaire aujourd’hui: Psychologie et nutrition se succèdent.  On me pèse, on traque mon poids.  J’angoisse.  Cette pesée était planifiée la semaine précédente.  Je m’en suis sauvée, maligne, comme un enfant qui croit l’avoir échappé belle après un mauvais coup.

Absurdité!  Je me pèse tous les jours, plusieurs fois même.  Pourquoi angoisser?  Parce que LEUR balance est différente, elle règne durement sur toutes les autres.  Elle n’affiche pas nécessairement les mêmes grammes que la mienne et je le vis comme une vérité absolue.  Elle a raison, elle tranche.

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Encore et toujours, mon histoire est incohérente.  Ma psychologue et ma nutritionniste souhaitent que je reprenne du poids et moi je le vis honteusement alors je ne veux pas qu’elles voient le chiffre augmenter.  On nage en plein délire…

Pensée irrationnelle, oui!

Distorsion cognitive (Weirdo), oui!

Pour un esprit malade, prendre du poids est moins angoissant si l’on part de plus bas.  On descend pour remonter ensuite, pour se donner l’illusion de guérir.  C’est inconscient et sans fin.  Il est futé le monstre.

12h00

Je pars à pied.  Ventiler.

12h20

Café triple, en écrivant ces mots…

Je réfléchis.

Je me suis habillée léger aujourd’hui.  J’aime aussi mieux manger après ce rendez-vous qu’avant.  Depuis une semaine, je consigne tout ce que je mange.  On m’a demandé de noter 2 jours mais, en éternelle excessive, j’en ai détaillés 7.  J’y jette un coup d’œil.  De bonnes et de mauvaises journées.  Plusieurs aliments notés, trop selon moi.  Trop peu selon mon amoureux.  Toujours les mêmes, je le vois bien.  Elles vont mettre les deux en relation, le journal et le poids.  Analyser les grammes pour comprendre les réactions du corps à la nourriture.  Je devrais le voir comme de l’aide.  Mais non…

 13h00

J’y vais à pieds, évidemment.

 PENDANT:

13h45

UN MOT : Appréhension.

Je refuse le verre d’eau que m’offre la secrétaire.  Je ne veux pas être plus lourde.  Elle sent mon anxiété.  Elle en voit tous les jours, des filles comme moi.

 14h05

Je demande qu’on le fasse tout de suite.

M’en débarrasser.

J’enlève mes souliers parce que cela fait vraiment TOUTE la différence.  Je passe aux toilettes.  Si je pouvais, je me mettrais flambant nue je crois.  On me demande si je veux voir le résultat ou si je veux être pesée de dos.  Je veux savoir, Seigneur!

Les chiffres bougent, hésitent, tanguent d’un côté puis de l’autre.  Le résultat s’affiche.  Je regarde le chiffre mais surtout leurs regards.  Je veux savoir ce qu’elles pensent.  Je remets mes souliers, j’ai chaud.  On retourne s’asseoir…

APRÈS:

Le chiffre est bas, ça m’apaise…  Le champ libre pour commencer à guérir, dans le contrôle.  Mais cette légèreté ne dure qu’un temps… Quand moi je suis calme, moins émotive. Elles, elles sont songeuses…  Parce que je suis moins connectée à mes émotions, parce que « bas » est « encore plus bas ».  On regarde le journal.  Ce n’est pas suffisant.  On discute.  Les minutes filent, s’écoulent.

 15h00

Ça m’est venu, comme ça…

Dans l’embrasure de la porte, entre les deux rencontres.

Moi: « Après chaque visite, je me demande si j’ai fait ça correctement. »

Elle: « Après nos rencontres, note ce que notre conversation t’a apporté, si tu considères que ça t’apporte quelque chose. »

 Moi: « Non!  Je veux dire…  Le suivi m’apporte beaucoup.  J’ai peur de ne pas être à la hauteur, MOI, de ne pas vous satisfaire. »

 Elle sourcille: « Tu ne viens pas ici pour rendre des comptes ou performer? »

Et voilà!  Encore une sainte fois.  Pour les autres, pour le regard.  Pour la confirmation de la valeur personnelle.  J’ai peur de prendre du poids, mais peur de les décevoir.  Je vis dans la culpabilité d’une façon ou d’une autre.

L’estime blessée.

L’amour propre affamé.

La validation jusque dans la guérison.

Allez savoir.  À aucun moment je n’ai pensé aux conséquences sur ma santé.  J’ai pensé à leur opinion, à elles.  On m’explique que je ne suis pas là pour répondre à des exigences, des attentes.  Je suis là pour moi.  Avec le recul, ça semble une évidence…  Pas pour quelqu’un qui vit avec un TCA.

 16h00

Message vocal.

Je dois repasser des prises de sang, encore.

Ils se sont passé le mot…

17h30

L’après-guerre.

Café, seule avec moi-même, je réfléchis.  Elles ont raison, je suis ici pour me guérir, moi.  Cette pesée, je devrais la faire pour moi.   Pour mon corps, mon cœur, ma santé.

 19h00

Groupe de soutien.

#megajournee

On aborde l’image corporelle, le poids et notre vision du corps (drôle de hasard).  On se trace grandeur réelle, selon notre perception.  On nous trace ensuite, par-dessus le premier tracé.

J’ai été heurtée par les lignes qui ne s’alignent pas, par la différence entre ma perception et la réalité.  Cette journée, orientée sur l’image, s’est terminée en larmes, que dis-je, en crise monumentale.  En pensées et mots qui s’entremêlent, qui ne sont plus cohérents.  En refus de participer au retour sur l’activité, en besoin de rentrer chez moi, de me mettre en sécurité.

wp-1467754737163.jpg21h00

Comme toujours, je dois nommer mon sentiment avant de quitter.  Mon émotion de fin de journée, de cette journée de pesée.

Malgré le fin tracé accroché au mur, malgré les chiffres trop bas, j’ai quitté avec un poids immense sur le cœur.  Mon choix : Accablée.

 23h59

Il y aura des jours plus légers.

Vivement demain.

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