Comme tout le monde

L’art de manger et la rééducation alimentaire

Rééducation alimentaire…

J’ai sursauté.  Je ne savais pas que cela existait.  Oui!  Pour tous les amis du monstre, indépendamment du trouble et des comportements.  Que l’on mange trop ou trop peu, on a perdu le contrôle, perdu contact avec la réalité.  On doit apprendre à nouveau.

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Réapprendre à manger.

Ces mots…

Arrogants et hautains à mes yeux.  Un appétissant programme comportemental et nutritionnel.  Rencontres individuelles et de groupe, planification de menus, journal alimentaire, repas assistés.

Vous plaisantez j’espère?

Ma privation était choisie et calculée.  Je contrôlais mon esprit, mes jeûnes.  Le monstre était apprivoisé, docile.  Fière et belle, j’étais reine de ce corps frêle et affaibli, je le souhaitais ainsi.

Certes, l’émotion devait se peaufiner.  La gestion et l’expression des sentiments, des crises, se clarifier.  Mais de l’aide pour manger?  Sans façon, merci.  L’assiette du monstre se portait à merveille!  Le jour où je souhaiterais m’alimenter davantage, où j’aurais ce poids et cette silhouette tant souhaités, je le ferais, tout simplement.  Ces chers spécialistes pouvaient se rhabiller.  Ils ne me comprenaient pas.  Ils ne saisissaient tout simplement pas que:

C’était les autres qui mangeaient trop.

Tous!

Je l’ai tellement répété.  La belle affaire…  Quand tous les autres ont tort, il faut retourner son regard sur soi.  Et moi, je dois ouvrir les yeux, je ne contrôle rien.  Mon alimentation part dans tous les sens, au gré des émotions.  Je suis à la case départ.  Se nourrir, pour les nuls.

Apparemment, il faut manger pour vivre.  Je dois m’y remettre, ici et maintenant.  Hier en fait.  Obligation? Choix?  Peur?  Un savoureux mélange des trois.

Cela devrait être agréable, la fête pour moi qui se restreins toujours.  Je dois d’abord freiner la perte de poids.  Les menus seront réévalués après seulement.  Malheureusement, rien n’est simple au royaume du monstre et chaque repas me renvoie en plein visage à quel point j’ai perdu mes repères.

Quotidien devient anxiété.

Dans notre monstrueuse réalité, tout est excès et manger est démesurément compliqué.  J’essaie tranquillement.  Le plonge un orteil dans cet océan alimentaire et, d’un coup, je suis engloutie. La dérape complète, la crise des crises alimentaires.  Je le réalise maintenant.

MOI!

Je ne sais pas.

Je ne peux pas.

Manger normalement.

Voilà!  Ça m’irrite, Dieu que ça me frustre.  Que je me prive ou non, je suis tourmentée. J’ignore tout des comportements dits normaux.  J’angoisse.  Je crois perpétuellement manger avec excès.  J’anticipe chaque repas.  Mon appréhension augmente au rythme des événements qui s’ajoutent à mon calendrier.  Je dis à la blague que me restreindre était plus commode… Mais c’est vrai!  Maintenant, les tentatives me font perdre le contrôle.  Je suis au même point finalement.

En marge.

Toujours.

Jamais…

« Comme tout le monde. »

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Mon corps a oublié…

À cause du temps qui passe.

Des perceptions qui changent.

Des effets du jeûne.

J’ai besoin de leur aide finalement.  Besoin de laisser mon orgueil de côté.  Besoin de ce plan, d’un suivi.  Alors j’y vais…

Curieuse…

Mais détachée.

Et VLAN!

Toutes ces rencontres sont terriblement troublantes.  J’appréhendais davantage le suivi psychologique que nutritionnel, mais c’est l’inverse qui se produit.

J’ai quitté la première rencontre totalement vidée, vannée.  C’était douloureux, confrontant.  Parce que « nommer » est honteux.  Discourir sur mon enfance et mon mal intérieur me convenait parfaitement.  Je m’exprime bien, j’étais à la limite de la poésie.  Parler de nourriture, par contre…  Beaucoup moins reluisant.  Nommer les aliments, les attitudes, les quantités mangées ou non, les comportements compensatoires associés à un aliment spécifique, expliquer nos choix d’aliments, de textures, etc.  Tout ça, je ne l’avais pas prévu.  Le laid haut et fort. Le « deep » sans retenue.  La honte.  Malgré toute leur bienveillance, rien n’aurait pu changer ce sentiment car le propos en soi est douloureux.

Le fameux : « Si la conversation devient trop difficile…  On arrête, on prend une pause, d’accord? »  Je le pressentais en psychologie, pas en nutrition.

Après…

Viennent les objectifs.

Le plan.

On me conseille de prendre trois repas et trois collations par jour, faim ou pas.  Deux jours par semaine, je note le tout sur une jolie feuille.  On me demande aussi de délaisser l’exercice physique le temps de reprendre un peu de poids.  Il faut diminuer le focus des calories et laisser le corps se reposer.  Le corps envoie l’énergie au cerveau d’abord, en laissant donc moins aux muscles, dont le cœur.  Comme moi, mon cœur doit s’apaiser.

Je dois non seulement m’alimenter davantage, mais modifier toutes mes habitudes de vie, ma façon de penser.

Ne plus compter.

Ne plus courir.

Manger.

C’est le monde à l’envers dans la maison du monstre.

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Et comme toujours, je suis ambivalente.  Certains jours, je trouve que leur plan a du sens.  D’autres moins…  Alors pour vérifier, pour confronter mes perceptions,  je m’ouvre un peu à mon entourage, qui reste consterné.  Abasourdi!  Le regard des autres en dit long et c’est souvent à travers les yeux de mon amoureux, bienveillant mais rempli de stupéfaction, que je réalise à quel point mes pensées sont obsessives.

Lui, mange « comme tout le monde ».

Moi, je mange compliqué.

On mange ensemble.

Parfois, je lui partage mes calculs, mes analyses, mes anticipations.  Je lui ouvre mes pensées, mes craintes et je vois, dans ses yeux, à quel point ce qui est si anxiogène pour moi est incompréhensible et démesuré pour lui.

Je lui explique…  Dans ma tête, j’organise ce que j’ai mangé durant la journée.  Je bouge un aliment du matin au soir.  Trop pour un déjeuner, je le compterai pour le souper.  Je compenserai en sport, cette portion correspond à 35 minutes.

Je le questionne aussi.  Quel aliment convient?  Si je prends une collation en après-midi, qu’adviendra-t-il du souper?  Je peux nommer chaque aliment consommé durant la journée, mais je ne sais plus à quoi cela correspond.  Je lui demande son avis.  Repas ou collation?  Quantité suffisante ou exagérée?  L’autre jour, je lui ai demandé de me détailler.  Je suis maigre, mince ou en embonpoint?  Je veux qu’il me dise car moi, je ne sais plus.  Je n’ai plus de recul et je suis fatiguée d’y penser.

Et je vois la stupéfaction dans son regard.  Je vois son incompréhension face à ma propre incompréhension de la nourriture.  Je perçois sa stupeur face à cette attention obsessive, à cette alimentation si difficile.  Dans ces moments…

Il la voit.

La maladie.

Et son regard me confirme être dans l’erreur, me pousse à forcer ces changements afin de voir ce qu’il y a derrière.  Là-bas.  Là où vous vivez.  Là où vous mangez « comme tout le monde ».

Rééducation alimentaire…

Au final, le choix des mots est on ne peut plus adéquat et la tâche est impressionnante.  Réapprendre.  C’est exactement cela.  On nous prend par la main, on nous fait un plan.  Je devrai laisser mon orgueil de côté et écouter ce qu’on a à m’enseigner.

Apprendre à être…

« Comme tout le monde ».

Une réflexion sur “Comme tout le monde

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