Pigeon voyageur

Les effets du jeûne – Le monstre s’en va-t-en guerre

Il existe un côté fort scientifique aux troubles alimentaires, logique même.  Nombreux sont les comportements qui s’expliquent rationnellement et, aujourd’hui, je vous ramène sur les bancs d’école.  J’ai envie d’aborder les effets de la privation qui touchent pratiquement tous les troubles alimentaires, à différents degrés.  Je dois moi-même les comprendre pour y faire face.  Pour vaincre ma phobie des grammes, changer ce mode de vie si toxique et… Guérir.  Je veux vous effrayer un peu aussi, vous mettre en garde.  Le corps et l’esprit sont stupéfiants, il faut être bienveillant à leur égard.

 Il a fait la guerre le monstre…

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Une étude* américaine, datant de la deuxième guerre mondiale, démontre qu’une personne s’exposant à un jeûne prolongé, ainsi qu’à un entraînement physique intensif, développera les mêmes séquelles physiques et psychologiques qu’une personne souffrant d’un TCA.  Le manque de nourriture affecte non seulement le corps, mais le cerveau et son fonctionnement.  C’est chimique, tout ce qu’il y a de plus scientifique.

Cette étude…

Loin de l’éthique, mais si révélatrice.

Des hommes, en bonne santé, se sont soumis à 6 mois de privation alimentaire.  En une journée, on ne leur permettait que la moitié des calories dont ils auraient normalement eu besoin. Le tout, visant une perte de poids de 25%.  Une importante activité physique s’ajoutait à cette diète soit 22 miles de marche par semaine.  Par la suite, ces hommes ont recommencé à se nourrir normalement, sur une période de 3 mois.  Cette étude poursuivait deux objectifs distincts: Observer les effets de la dénutrition sur un individu sain et déterminer les méthodes de réalimentation les plus efficaces d’une personne en sous poids.

Le bon vieux temps!  Expérimenter des atrocités sur monsieur madame tout le monde.  Je plaisante, c’est horrible!  Cela dit, cette étude s’est avérée très significative et est encore utilisée dans la compréhension et le traitement des troubles alimentaires.  Ces pigeons de guerre nous ont rapporté un message chargé de découvertes, de surprises et de mises en garde.  Au final, ces participants ont créé leur propre monstre.  Ils ne s’alimentaient plus.  Ils se sont transformés, tant physiquement que psychologiquement.

Je suis comme eux!

Nous sommes comme eux!

Comme ces hommes, des pensées obsessives m’envahissent.  Nourriture, contrôle, reprise ou perte de poids, il n’y a que cela…  Avant, ils discutaient guerre et politique.  Maintenant, ils ne parlent que de nourriture.  Pourquoi une telle fixation?  Car un corps affamé cri, hurle au cerveau qu’on le nourrisse et l’ignorance de ce message ne rend que les pensées plus agressives et envahissantes.

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Chimie!  Le manque de glucose au cerveau affecte son fonctionnement, tout simplement. Toutes les facultés sont altérées…  La pensée, l’attention, la concentration, la raison, la mémoire, la gestion des émotions, de l’impulsivité, le développement même.  On change.  On devient tourmenté, voire dépressif.

Absent.

En marge.

Des pensées irrationnelles apparaissent.  Nos perceptions sont affectées, de plus en plus, au fur et à mesure que la privation s’intensifie.  Portions, quantités, urgence de manger… Ou pas.  On ne sait plus.  Le fameux trouble du schéma corporel apparaît (Bella).  Cette distorsion de l’esprit qui ravive la phobie de la nourriture.  Plus on jeûne, plus nos perceptions et notre jugement sont influencés, modifiés.

Et toute la nuance est là…  Ce n’est pas uniquement le sentiment de faim qui crée les comportements, mais l’effet chimique de la privation sur le cerveau.  Voilà pourquoi on ne peut pas simplement « manger normalement » pour guérir.  Nous n’en avons plus la capacité.

Comme pour ces hommes, la privation nous pousse à la compulsion.  Après la crise, la poussière retombe, on jeûne à nouveau.  Tout ce qu’il y a de plus sensé pour un esprit malade.  On se prive, jusqu’à la prochaine fois, jusqu’à ce que le corps ne se contrôle plus.  Privation mène à compulsion, inévitablement.  Puis se succède la honte, la culpabilité, et la privation revient au galop.

Et voilà la roue, l’engrenage diabolique.

Il faut le comprendre.

Pour l’arrêter.

Il faut le comprendre et le raisonner car, pour une personne malade, c’est naturel, cohérent même.  D’ailleurs, lorsque je me tape sur les doigts, que je pense devenir folle, ma nutritionniste me répète: « Non, c’est tout à fait logique et sensé…  Rationnel, dans l’optique du trouble alimentaire.  Par contre, c’est la voix de la maladie qui parle. »

Cette voix!

Si envahissante.

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Puis, à ce fardeau psychologique, s’ajoutent les symptômes physiques, qui vont bien au-delà de la perte de poids.  Même constat au royaume du TCA que pour ces hommes affamés.  Le métabolisme ralenti.  Le corps vit un long moment sans nourriture puis en reçoit rapidement une quantité impressionnante et ne sait plus comment se comporter, comment gérer.  Dès que l’on mange, à peine, on se sent lourd.  La privation et les crises compensatoires amènes également le corps à chercher l’hydratation et donc, à retenir l’eau.

On enfle!

Grand dieu!

Oui!  Quand on jeûne (ou purge), on enfle.  Alors on se convainc que la dernière crise nous a fait prendre du poids, en quelques heures seulement.  Ce sentiment est donc plus que véridique pour nous.  On le sent même dans nos vêtements.  L’anxiété revient, la privation suit.  L’engrenage se remet en marche.  Il faut le vivre pour comprendre à quel point cela est anxiogène.  Tellement, qu’on m’a conseillé de porter des bagues.  Pour l’expérimenter, pour me prouver que ce gonflement n’est qu’enflure et non grammes.

Ce n’est pas tout.  Il y a la fatigue quasi chronique.  Je suis fatiguée et pourtant, j’ai de la difficulté à dormir.  Mon corps se bat, ne se repose jamais.  Mes muscles sont lourds et fatigués.  J’ai la peau, les cheveux secs.  Je suis en hypothermie constante.  Je ne distingue plus les sensations de faim et de satiété.  S’ajoute à tout cela ce que les examens médicaux plus poussés révèlent sur notre manque de vitamines, sur nos os qui deviennent fragiles.  Le système digestif, nerveux, musculaire, cardiovasculaire, TOUT part en vrille.

Alors, si la privation est si dévastatrice, pourquoi se l’imposer?  Pourquoi s’infliger tant de souffrance?

Car on ne la contrôle pas…

La maladie du contrôle.

Cela revient souvent dans les groupes: un régime qui dégénère.  Le monstre prend le dessus.  La privation active le trouble.  C’est pour cette raison que plusieurs TCA se déclenchent suite à une, en apparence, innocente diète.  Fascinant!  Tout débute par la volonté d’être en santé, en forme.  Certes, certaines prédispositions doivent être présentes, mais les régimes privatifs ravivent incontestablement le brasier du trouble.  Le cerveau devient malade, les conséquences s’enchaînent l’une après l’autre.  On bascule, les démons reviennent.  On perd le contrôle, contact avec la réalité.  Notre esprit nous joue des tours.

On n’existe plus…

Tous ces effets sont lourds, excessivement néfastes et parfois beaucoup plus importants que tout ce que je décris plus haut.  Plusieurs vivent avec un TCA depuis bien plus que 6 mois ou, utilisent des méthodes purgatives, ce que l’étude n’expérimentait pas.  Malheureusement, ces facteurs supplémentaires ne font qu’aggraver l’état de santé.

Finalement, toutes ces séquelles s’ajoutent aux blessures de l’âme.  À cette fragilité des émotions, aux blessures du passé.  On devient victime…   De la maladie, de soi, de notre cerveau malade, de la roue qui tourne.  Croyez-moi, il est beaucoup plus simple d’y rester que d’en sortir.

Ce cycle.

Toutes ces conséquences.

Comment y mettre fin?

EN MANGEANT!

En rééducation alimentaire.  Avec de l’aide professionnelle.  Avec un suivi nutritionnel. De façon prescriptive.  Comme si c’était un médicament d’ordonnance.  Trois repas et trois collations par jour.  Faim ou non.  Crise ou pas.  Pour arrêter la roue, inverser cet engrenage si toxique.  Pour sauver le corps et l’esprit.  Pour accéder à soi.  Après seulement, on peut commencer à guérir les blessures du cœur.

Je m’en vais en guerre.

Contre le monstre.

Contre moi-même.

*Étude détaillée dans le livre « The Great Starvation Experiment » de Todd tocker en 2006

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