Une place à votre table

Journée des troubles alimentaires.  Le monstre aussi a son jour spécial.

Pour quelles raisons est-ce si nécessaire?

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En écrivant ces mots, je réalise que cette journée existe pour les mêmes raisons que ce blog.

Ils, elles en ont eu assez.

J’en ai eu assez.

Qu’on interprète mal, qu’on juge…  Nous étions franchement exaspérés d’entendre tant de faussetés, de simplicités, de superficialités sur une maladie tellement plus sérieuse et complexe.  L’urgence de crier: « attendez, ce n’est pas si simple ».  Cette journée, comme tous mes billets, existe pour qu’on prenne le temps de s’arrêter.  Une pause, afin de s’écouter, échanger et que les perceptions évoluent.  Que l’on soit victime, amis ou parents, on peut cheminer et aider à cheminer.  Saisissiez ce moment pour vous ouvrir, comprendre, accueillir et que, plus jamais, on ne dise:

« Juste…

Mange normalement! »

Ignorance, croyances erronées, mais surtout tant d’idées préconçues.  On ne se comprend pas et on ne nous comprend pas.  C’est frustrant, alors on se tait.  Le trouble alimentaire devient la maladie du secret, du cachée.  Le monstre sous le lit.

Souffrir d’un TCA, c’est vivre ce mal si mal-aimé.  L’un des moins charmants, ennuyeux même.  Celui des adolescentes rondelettes qui souffrent d’intimidation…   Vraiment? Entre autres…

Elles…

On s’inquiète pour elles au moins!

Il y a fort plus.

Croyez-moi, si vous êtes une femme comptable, la cinquantaine, boulimique…  On ne peut moins se soucier de votre sort.  Vous êtes ronde?  Ce n’est pas un trouble, cessez de vous goinfrer, mangez normalement.  Vous êtes un homme, vous souffrez d’hyperphagie?  Alors là, on se moque carrément.

Cette journée sert à cela, tendre la main à tous ceux qui se sentent si différents.   S’unir pour ouvrir une fenêtre, mettre fin à l’isolement et faire voler les stéréotypes pour ces milliers de femmes et d’hommes qui souffrent muettement.  Leur redonner une voix, une place, et leur permettre de briser, peut-être, ce si lourd silence, avec dignité et confiance.

Les troubles alimentaires demeurent incompris et sévèrement jugés.  Manque de volonté, recherche d’attention, folie des régimes.  Maladie des filles un peu nunuches qui aspirent à ressembler aux mannequins des magazines.  On m’a déjà dit que les comportements compensatoires étaient une bénédiction: manger sans grossir.

SEIGNEUR!

À quel point notre quotidien est tellement, mais tellement plus complexe, plus lourd. Prédispositions génétiques, hormones, développement cognitif.  Tant de souffrances, de blessures de l’âme.  Tant de troubles associés aussi.  Environ la moitié des victimes souffrent également d’une maladie mentale connexe.  Beaucoup de facteurs biologiques, psychologiques, familiaux et socioculturels sont en causes.  Le trouble est un symptôme, attaquons-nous à comprendre ce qui se cache dessous.

« Juste…  Manger normalement! »

N’est pas une option.

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Il y a la gêne aussi.

La honte.

Je suis une fille fière, un peu cocotte même.  J’aime l’attention, les regards.  Les troubles alimentaires eux, à mon opposé, ne sont pas sexy.  Ils sont laids et encombrants.  Ils sont déprimants et sans feux d’artifice.  Gêne, devient honte, devient secret.  Ils sont dangereux, lourds de conséquences psychologiques et physiques, mais si embarrassants. Lorsque l’on s’ouvre, les gens deviennent rapidement inconfortables.  Ils entendent sans écouter, se mettent à épier.  Je l’ai répété fréquemment et à plusieurs personnes, lorsque je me suis confiée, j’aurais préféré annoncer que j’étais accro au crack.  Au moins, j’aurais semblé avoir une vie « sexe, drogue et rock’n’roll ».  Coup d’éclat!  Mais non, la phobie de la bouffe.  La fille qui craint son assiette.

Trouble.

Maladie mentale.

Des mots qui font peur…  Santé mentale, séquelles, thérapie cognitive, septième étage, bloc B.  Ce qui repousse, ce qu’on ne veut pas près de soi, autour de sa table.  C’est commun et marginal à la fois.  Je suis moi-même en pleine contradiction.  Par ce blog, je veux briser l’isolement, ouvrir le dialogue mais, tout de même, je l’écris de façon anonyme.  Un jour, peut-être, j’affronterai tous les regards.

En ce sens, cette journée sert à préparer notre entourage.  Il est plus aisé de se confier aux gens qui nous sont très intimes ou, à l’inverse, qui nous sont étrangers.  Ce sont les autres qui dérangent.  Les voisins, les collègues…  Ceux qui veulent « savoir » plutôt que « comprendre ».  Ceux qui aiment l’anecdote et les racontars.  Ceux qui disent:

« Juste…

Mange normalement! »

J’espère que cette journée parlera à ces personnes.  Celles qui ont la curiosité mal placée et le jugement facile.  J’espère que ce jour vous ouvrira les yeux, nourrira non seulement votre cœur mais votre esprit.

Aujourd’hui, c’est nous qui vous tendons la main.

Faites-nous une place à votre table.

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5 réflexions sur “Une place à votre table

  1. A reblogué ceci sur Angélique Binetet a ajouté:
    Très bien dit. En espérant que ce texte apporte un peu de réconfort ou d’outils à celles et ceux d’entre vous amis, parents, collègues en lien avec ce monstre qui tend à isoler dans la solitude et le dégoût. En cette Journée mondiale des trouble alimentaires, I wish everybody a strong, loud and judgment-free #WorldEatingDisordersDay

    J'aime

      1. Merci de ta réponse. Écrire ce texte m’a placée dans une position extremement vulnérable, beaucoup plus que bien des textes encore plus intimes que j’ai pu écrire. Merci de m’avoir donné le courage – c’est toujours rassurant d’avoir une réponse à son écho.

        Bonne chance aussi – je continue de te suivre.

        Aimé par 1 personne

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