Une fois de trop

Ces démons – L’assise de mon iceberg

Amis du monstre,

La route est encore longue pour moi et le sommet bien haut, mais en ce moment, la vie est un tantinet plus rose.  J’espère donc vous inspirer un peu…  Ce soir, je vous souhaite de vous réapproprier votre vie. Choisissez-vous!  Qui que vous soyez, vous méritez mieux qu’eux.  Trouvez QUOI ou QUI se cache derrière votre mal-être et envoyez le promener de ma part.  Juste…  Parce que ça fait un bien fou.

Bonne lecture!

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Cette journée là…

La maladie mentale ne s’invente pas.  On ne fait pas semblant et surtout, ses victimes ne cherchent pas l’attention.  Ce n’est ni un choix, une extravagance ou un manque de volonté.  On se sait envahi, contaminé et on ne peut, subitement, décider de se rétablir. Alors quelle incidence avons-nous sur la guérison, sur le changement de comportements?  Après tout, les troubles alimentaires tiennent tout du contrôle.  Qu’est-ce qui nous appartient?

 Volonté?

Je dirais pouvoir…

Je crois que chaque personne qui se rétablie vit un instant de lucidité.  Une anecdote banale qui s’additionne et change tout, où il y a prise de conscience.  De cette accablante souffrance, émerge la lumière.  Le monstre exagère.  Une fois de plus.  Une fois de trop…  Il faut agir ou on y laissera notre peau.  Un moment qui engendre un changement de comportements, mais aussi de perceptions.  Un passage à l’acte.  Une reprise de pouvoir sur soi et sur ce qu’on est en droit de contrôler.

Un jour, on décide de ne plus être victime du dessous.  Faire volte-face et dire adieu à ce qui crée l’anxiété.  Affronter la base.  Enfance affligeante, rupture accablante, intimidation, abus refoulés.  Ce qui nous positionne comme proie,  qui a trop d’emprise sur nous.  Certes, il faut des ressources psychologiques, de la médication même, mais il faut aussi crier « ça suffit ».  Hurler et envoyer promener le passé et ses démons.

Mes enfants ont motivé ma quête de guérison.  J’en parle d’ailleurs dans mon tout premier billet.  Mais dernièrement, je me suis trouvée une fois de plus à la croisée des chemins. Amertume, lassitude, lucidité soudaine.  Une journée de trop, une anecdote qui s’ajoute.

Malgré la thérapie, je cohabitais bien avec le monstre.  Je consultais, mais je ne changeais pas.  Je crois que je me plaisais à discourir sur ma maladie et mon soi-disant processus de guérison.  Puis, en une journée, j’ai vécu tant de heurts que j’ai décidé de reprendre le contrôle.  Le vent devait tourner, malgré moi.

Ce jour-là, j’ai décidé de ne plus être souffre-douleur…  Pas du monstre ou du trouble, mais de mon existence.  Cesser de subir ma vie et l’affronter avec aplomb.  Je ne suis pas guérie, mais j’ai réellement modifié mes comportements depuis.  J’ignore ce qui s’est passé à l’intérieur de mon corps, de mon cœur.  Je reprends des forces, l’anxiété diminue.  Le pouvoir de l’esprit m’impressionne, me redonne confiance et conscience.

C’est banal, mais je vous raconte…

Cette journée commence avec une psychologue.  Chétive et tracassée par le fardeau des calories, je discourais encore sur le poids de la vie.  Je crois qu’elle en a eu assez, de moi, de mon manque de recul.  Ses propos m’ont foudroyée.  J’en avais pour quelques semaines avant que, probablement je perde connaissance quelque part.  Puis, tout irait vite…  Ce serait l’hospitalisation, le soluté et le régime imposé à 3500 calories par jour.  Plusieurs semaines sans mes enfants.  Si je voulais, je pourrais venir manger avec eux, à la clinique.

Fière comme je suis, je suis sortie de cette rencontre un peu troublée, mais en me disant que je tenais toujours debout.  Je n’étais pas si mal en point, juste un peu maigre.

 J’ai continué ma journée.

Songeuse.

Un peu plus tard, mon médecin me contacte au sujet d’analyses sanguines.  Un mot: anormales.  On me demande de retourner passer les tests.  On me planifie un électrocardiogramme.  On s’inquiète pour moi…

Encore une fois, fière, je me suis dit que je tenais toujours debout.  Je n’avais probablement juste pas assez mangé le matin des prélèvements.

J’ai donc continué ma journée.

Troublée.

En route vers le café du coin, prête à discourir pour vous sur mon existence…  Je me suis sentie faiblir.  Pour la première fois, j’ai douté pouvoir marcher la distance.  La tête me tournait, j’avais froid, les membres engourdis.

Toujours fière, je me suis dit, une fois de plus, que je tenais toujours debout.  Je voulais justement grignoter, c’était l’heure.  Je m’y suis rendue, de peine et de misère…

J’ai continué ma journée…

J’ai commencé à douter.

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Puis, assise dans cette vitrine que j’affectionne particulièrement, je l’ai vu: CETTE PERSONNE.  Celle qui fait partie de l’iceberg.  Si le trouble alimentaire est la pointe, j’ai croisé la base sur la rue.  La partie enfouie sous l’eau, mais si immense et lourde de sentiments.  J’ai vu cette personne, tellement bien sans moi, qui ne se fait pas de soucis, qui mange et vit sans se préoccuper une seconde de ma personne.  Celle qui m’a fait mal, douter, qui a laissé une brèche.  À ce moment, en observant en retrait l’une des sources de mon anxiété vivre si sereinement, j’en ai eu assez.  J’ai senti que le monstre me faisait un pied de nez.  À cette charge émotionnelle, s’ajoutait la faim, la fatigue et l’anxiété des événements précédents.

« Ça suffit! »

Je l’ai dit à voix haute.

J’ai décidé que je n’allais pas mourir d’émotions.  Tous ces démons…  Je n’allais pas me laisser dépérir pour eux.  J’allais rebondir, fièrement, merveilleusement.  Reprendre le contrôle avec force et assurance.  Je n’allais pas mourir de faim, de peine…  J’allais revivre et les aveugler par cette lumière qui, bientôt, jaillirait de tout mon être.

Puis, j’ai continué ma journée.

Le cœur allégé.

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