Bella

Beauté, poids biologique et trouble du schéma corporel

Corps, courbes, grammes.

Illusions.

Relativité.

Ma perception du corps est hors norme.  Mon miroir est truqué. Mon reflet, infidèle.  L’image classique du trouble alimentaire: la vision d’un corps trop lourd malgré un faible poids.  Légende urbaine?  Absolument pas!   On appelle cela « trouble du schéma corporel » et il s’agit de l’un des critères diagnostiques.  Une étiquette bien lourde, mais fascinante.

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Je me perçois souvent attirante.  Pourtant, je n’ai jamais été aussi malade, mes bilans sanguins me le hurlent.  Mon reflet ne doit pas être si agréable en définitive.  Je suis confuse.  Reine de beauté ou reine de l’illusion?   La triste vérité est que je suis mal en point, fatiguée, éreintée et que cela ne fait plus de sens.  Je me sens belle à l’extérieur, mais aigrie à l’intérieur.  L’opposition entre le cœur et le corps me rend amère. Monstruosité. Le poids des grammes m’écrase, m’efface.

On me motive à reprendre du poids, malgré ma vision trompée.  Seulement, les grammes s’accumulent rapidement sur un corps en sous poids et, pour une personne aveuglée par son monstre, c’est troublant.

Pour guérir…

Il faut lâcher prise.

J’ai entendu une jolie histoire qui expliquait à merveille la phobie des grammes associée à la reprise du poids.  L’hésitation à maintenir son poids biologique, c’est-à-dire celui que l’on a naturellement en s’alimentant et en bougeant normalement, sans excès ou privation.

On comparait ce poids à une bouée flottant sur l’eau.  Elle bouge légèrement, mais reste passablement au même niveau.  On comparait ensuite les régimes excessifs au fait de tirer cette bouée sous l’eau, vers le fond.  Elle tend à flotter et si on desserre l’étreinte, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, elle remonte à la surface.

Je vis dans ce récit.  Le même constat pour mon corps et ses grammes.  Je me noie dans cette allégorie en tentant de plaire à mes yeux malades.  Mes efforts surhumains, dangereux, me maintiennent sous l’eau, à un poids artificiellement bas.  Si je cède, c’est le retour à la surface, à une vitesse affolante.  Une variation aussi rapide, c’est terrifiant.

Alors je tiens bon.

Je tire à me rendre malade.

Alimentée par cette phobie de devenir obèse et confirmée par cette vision tronquée de mon propre corps, je m’accroche fièrement à cette bouée.  Je suis faible, pâle, amaigrie et je ne le vois même pas.

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L’ambivalence revient au gallot.  Je me motive, puis je reste pétrifiée devant la reprise de poids.  Je veux, je ne veux plus.  J’essaie, j’arrête, je recommence.  Je suis tiraillée entre la crainte de prendre du poids, la peur de ressembler à ces publicités de prévention, les conseils des spécialistes et…  La faim.

La nourriture, ou la privation de nourriture…

24 -7

C’est anxiogène!

Perpétuelle préoccupation.  Pourtant, je ne veux pas lâcher la bouée.  Je le refuse catégoriquement.  Je m’y accroche au point de mettre ma santé en péril, constamment.  Je devrais être plus avisée.  On me dit que l’esprit n’y est pour rien.  Ce serait cette phobie de reprendre des kilos et les conséquences de la dénutrition qui altèreraient ma perception.  Cette crainte maladive des grammes, mais aussi la constante réévaluation du poids causée par ma vision troublée.  Le nouveau poids ne suffit que quelques jours.  Plus bas pour s’assurer de ne pas augmenter.  Le tout, en un cycle sans fin où perte de poids engendre mauvaises perceptions qui motivent à nouveau la perte de poids.

Ce qui fait le plus peur…

C’est être conscient du non-sens.

Est-ce cette distorsion de l’esprit qui crée le mal-être?  La faim?  Les blessures du passé?  D’où vient ce constant inconfort, cette éternelle insatisfaction?  Les amis du monstre sont perfectionnistes, à l’excès.  Je crois que je resterai insatisfaite de mon corps à l’excès.

Je me questionne beaucoup.  Ce n’est pas rhétorique…  Poids, perception, beauté, bien-être…  Tant de concepts avec lesquels je jongle au quotidien.  Les femmes de mon groupe de soutien tiennent souvent le même discours: lorsqu’elles seront plus minces, et donc plus belles, elles seront enfin heureuses.  Vraiment?  Le bonheur est inversement proportionnel au nombre affiché sur la balance?   Je suis très mince, mais aussi souffrante qu’elles et sensiblement pour les mêmes raisons.  Un doux mélange de stéréotypes, de troubles et d’opinions.  Finalement, personne n’est en paix autour de cette table.  Les grammes pèsent lourds, peu importe le nombre.

Alors au final, si la souffrance ne vient pas réellement du corps et de son poids, d’où viendront le bien-être et la guérison?

Est-ce qu’en laissant aller ma bouée, je trouverai l’équilibre?

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