Elles, moi, nos symptômes

L’art de l’étiquetage et la grande famille TCA

Depuis que je m’ouvre davantage sur la maladie, on me demande fréquemment de définir en quoi consiste mon trouble.  Les gens ont besoin d’une étiquette à apposer.  Anorexie mentale? Boulimie? Hyperphagie? Orthorexie?  Il y en a davantage…

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Pudeur?

Absolument pas.

Je crois simplement que nommer éclipse la douleur, contraint à certaines conduites et crée l’isolement.  La vérité est beaucoup plus complexe, floue.  Moi-même, j’aimerais identifier clairement le mal dont je souffre, le pointer du doigt et fixer l’étiquette.  Le remède serait peut-être plus simple à trouver.  Malheureusement, je ne pense pas qu’un seul mot puisse décrire toutes les souffrances qui m’habitent.

« Mal-être » peut-être?

On me souffle « maladie mentale ».

Aussi, la vérité est que j’ai toujours cru en un trouble bien précis.  J’avais ma vision, mon analyse.   Puis, quand le diagnostic est tombé, quand on m’a finalement apposé mon étiquette, ce n’était pas celui que je soupçonnais.  La ligne est fine entre les différents troubles et il n’est pas rare que les comportements se ressemblent.  En fidèle amie du monstre, je n’affectionne pas les zones grises et je croyais que cette étiquette m’éclaircirait enfin, m’apaiserait.

Désenchantement…

Suis-je sortie de cette rencontre changée, bouleversée?  Pas du tout.  Du moins, jamais autant que le soir où l’on a accueilli et compris ma douleur pour la première fois, indépendamment des termes.  Seul le malaise importe.

Je me retiens également de nommer inutilement, car les troubles alimentaires sont des symptômes et les étiquettes font mal.  Je suis bien plus que mon trouble alimentaire.  Je suis plus qu’une femme anorexique, boulimique, blonde ou brune.

Je suis souffrante.

C’est bien pire.

J’aurais pu faire des crises de panique, d’automutilation ou devenir alcoolique…  Ça revient au même, dans l’optique où ce ne sont que des symptômes d’un mal bien plus important.  Mon corps avait l’embarras du choix, il a opté pour le trouble alimentaire.  C’est tout!  Il y a sûrement une explication plus profonde.  Mais une fois de plus, est-ce que ça influence la peine?  Ce ne sont que des signes, que l’expression sous une autre forme d’une même entité.  Les mêmes maux en d’autres mots, dans une autre langue.

Les comportements envahissent et font ombrage à la souffrance car ils sont impressionnants, choquants, particulièrement vus de l’extérieur.  Cela dit, bien que les agissements diffèrent légèrement d’un trouble à l’autre, la problématique est similaire, aussi dure.  Et moi, je ne veux pas parler de critères ou de comportements, je veux parler de sentiments et de douleur.  Seul ce qui brûle importe.  Ça me frappe d’ailleurs depuis que je fréquente un groupe d’entraide.

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Nous sommes 10, 10 femmes merveilleusement différentes.  L’âge, l’origine, le milieu socio-économique, la profession, l’enfance, la situation familiale…  L’étiquette.  Tout diffère, mais le même mal subsiste.  Nous n’avons pas le même physique, la même réalité alimentaire ou les mêmes réactions, mais nous vivons toutes avec le même monstre.  Lorsque je les écoute parler, raconter leurs impressions, leurs peurs.

C’est  moi!

Les mêmes perceptions, les mêmes frustrations.

Le même mal qui sévi.

Tout fait écho.

L’effet miroir est saisissant et ce, malgré nos étiquettes.  C’est troublant et je comprends maintenant mieux pourquoi, lorsqu’on commence à consulter, on nous oriente fortement vers ces groupes.

Le comble du stéréotype: briser l’isolement.

La vérité est que, le premier soir, je n’y allais pas de gaité de cœur.  Je ne comprenais d’ailleurs pas, moi non plus, pourquoi nous n’étions pas regroupées par trouble et je me questionnais à savoir quels genres d’énergumènes j’allais y rencontrer.  Je suis revenue bouche bée car, je le répète…

Toutes ces femmes, c’était moi.

Et ce premier échange m’a fait un bien fou.  Je n’étais plus seule, extraterrestre.  Je me suis apaisée depuis que je les fréquente, depuis que je peux parler ouvertement avec ces femmes qui comprennent vraiment, qui vivent le même tourment.  Il faut le vivre pour saisir.  Quand, toute sa vie on a cru être seule et que, soudainement, il y en a 9 autres assises à nos côtés, à déballer leur histoire.  C’est troublant!   Ça change.  Ça m’a changé.  Bien plus que de recevoir un diagnostic.

Je relis parfois certains textes que j’ai écrits avant de commencer la thérapie et les groupes.  J’y sens la rage, la colère.  Je ne me reconnais pas d’ailleurs.  Je ne reconnais ni ma plume, ni ma personnalité. Ce ne sont pas mes choix de mots ou d’expressions.  J’étais enragée, j’en voulais à la terre entière.  Je n’avais plus de recul.  Il fallait que j’explose de douleur.   Que je la hurle à quelqu’un qui allait comprendre.  Et c’est de cela dont tous ceux qui vivent avec un TCA ont le plus besoin : une oreille qui sait, qui sent, qui vit la même réalité.  Et cette personne jumelle ne se trouve pas par son  étiquette.  Elle se trouve par l’émotion et le ressenti.  Peu importe le nom, peu importe le trouble.

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Toute cette diversité est fascinante.  Malgré nos disparités, nous vivons tous et toutes la même solitude, jusqu’au moment de se trouver et de faire voler les étiquettes.  Et quand les barrières se sont envolées et que les masques sont tombés, on peut vraiment se parler, se confier, s’unir et commencer à guérir…

Ensemble.

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