Mais

Monstrueuse amitié et crainte de la guérison

 J’aime bien donner au terme « mais » cette signification:

« Oubliez ce que je viens de dire, voici ce que je crois vraiment. »

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Ces derniers temps, je l’utilise continuellement.  J’ai peur de guérir.  Voilà…

Je suis consciente du non-sens, mais c’est la sombre réalité.  Je crains de changer ma façon de vivre, mes habitudes, mon apparence.  J’appréhende ce qui s’annonce, l’ampleur de la tâche.  Je suis à la case départ.   Guérir, consulter, se jeter dans le vide, faire confiance, lâcher prise, reprendre du poids.  Tout ce qui déclenche des crises.  Tout ce que les amis du monstre maudissent.

Je vous entends.

Mauvaise journée, faim, fatigue.

Je serai plus sereine après coup.

Vous avez raison, mais…

Le poids de la guérison me pèse bien plus que celui du monstre.

Guérir…  Je le voyais comme un miracle.  Mon sauvetage sous le soleil.  Moi, envers et contre tous, les cheveux au vent.   Manger sans grossir, sans culpabiliser.  Me rétablir sans souffrir à nouveau.

Mais non!

Se remettre, tranquillement, un jour à la fois…

C’est aussi remplir des formulaires, fouiller son enfance, déterrer ses blessures.  Traverser l’aile « santé mentale » de l’hôpital.  C’est cocher « oui » à une foule de comportements aussi embarrassants que malsains. C’est faire la liste exhaustive, écrite, de ses démons et de leurs ecchymoses pour des dossiers psychologiques.  C’est dire à haute voix ce qu’on cache depuis des années.  Révéler la vérité de la maladie des mensonges.  C’est décrire sa vie en détails gênants, répéter son histoire et énumérer ses comportements jours après jours, à différents intervenants, de différents milieux, pour accéder aux services.  C’est se porter à bout de bras.  S’inciter à manger quelque chose de simple et se sentir coupable.  Se forcer à faire un pas en avant et être mortifié par le poids de la vie.  C’est surtout réévaluer sa façon de voir non seulement la nourriture, mais sa façon d’être et de vivre quotidiennement tant pour un simple dîner que pour gérer ses émotions et ses relations.

Je suis malade et je ne veux pas changer.

La maladie physique devient mentale, je crois.

Ou l’inverse?

L’engrenage me fait douter.

J’hésite.

Je pense aux femmes qui m’accompagnent au groupe de soutien.  Nous vivons les mêmes douleurs et j’ai mal pour elles.  Je peux affirmer, sans hésiter, qu’aucune d’entre elles ne mérite de subir le quart de ce que je m’inflige au quotidien.  Alors pourquoi l’accepter?  Pourquoi en douter même?  Pourquoi tant de bienveillance, de recul surtout, pour des inconnues mais pas pour moi?  Parce que, je dois l’admettre, le trouble alimentaire m’apporte tout de même un petit quelque chose.  Il a ses avantages, aussi.  Mon monstre me fait peur, mais vivre sans me terrifie.

Je veux m’apaiser, me soulager.  Oui.  Je veux cesser de souffrir tant psychologiquement que physiquement.  Assurément.  Je veux être plus fonctionnelle et que les crises disparaissent.  Oui, encore.

Je veux que le monstre me quitte…

Oui.  MAIS…

 Je l’aime quand même.

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Comme un amoureux qui me ferait violence.  Je le sais toxique, malsain, mais si familier.  Le trouble alimentaire vit avec moi, à mes côtés, depuis tellement longtemps.   Il est présent avec et pour moi, dans toutes les situations de crises, depuis toujours.  Il me connaît.  Il sait ma vie par cœur.  Il a été tant acteur que spectateur de tous les événements difficiles que j’ai traversés.  Même s’il me tourmente, il est mon point de repère, ma façon de me consoler, de contrôler.

Illusion me dit-on, maladie mentale, folie.

Je vous le concède mais…

L’illusion est bien réelle pour moi et je dois maintenant lâcher prise, me jeter dans le vide. Tous ces changements pour guérir et me sentir mieux, mais aussi pour vivre une vie dont je ne connais rien.  Une nouvelle réalité, supposément plus saine, mais inconnue…

Soigner un TCA est guérir de sa propre violence en se faisant encore plus violence.  Ça me trouble.  Je dois le rationnaliser pour l’intégrer…

Le monstre devra partir, je le sais bien.

Il ne doit pas y avoir de « mais » cette fois.

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