Malade

On ne m’apportera pas de fleurs à l’hôpital

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Il m’a eu au détour, le monstre.

Il a détourné mon regard et m’a attrapé par dernière.

Sournoisement, au moment où je me croyais  plus maligne que lui.

Selon ma vision de la guérison, consulter signifie identifier les émotions, ouvrir les blessures du passé pour cheminer.  Guérir dans l’émotion.  Je savais devoir m’exposer, mettre mon cœur sur la table.  Je l’appréhendais, mais je l’attendais.  Je l’espérais même, ce moment de soulagement, le premier jour du reste de ma vie.  Je savais qu’il me faudrait analyser l’émotion, le vécu.  Gratter pour trouver la source de la souffrance.  Découvrir ce qui m’a un jour blessé, ce qui a déclenché la maladie.  Identifier ce qui m’a coupé les ailes et tourné vers des comportements aussi destructeurs, le pointer du doigt.  Je me doutais que j’allais voguer entre mon enfance, mes relations, mes perceptions.  Je la voulais « l’émotion ».  Je l’ai cherchée…

Puis tout à coup,  le monstre m’a heurtée par derrière, violemment.

Je suis au bord de l’abîme, morcelée.

J’ai un pied dans le vide, je vacille.

Je me sens chanceler.  J’ai découvert, malgré moi, le pan scientifique qu’il gardait dans sa poche de derrière pour m’achever au premier signe d’apaisement.  Croyez-moi, le poids de la santé est douloureux.  Je l’ai reçu en plein visage.  Ce qui s’explique et se calcule en chiffres et en grammes.  Mon monstrueux ami s’amusait jusqu’à maintenant à jouer avec mon cœur.  Maintenant, il m’attaque sur tous les fronts.  Il s’en prend à moi à coups d’hormones, de vitamines et de nutriments.

Plus je consulte…

Plus on m’explique…

On m’explique l’impact de la maladie sur mon corps, mon esprit, ma santé.

D’abord fascinée, puis terrorisée, je suis maintenant pétrifiée.  Je ne pensais jamais ressentir autant d’inquiétude face à mon corps, mon cerveau, ses neurones et toutes leurs connections.  Je n’imaginais pas être aussi tourmentée devant des effets physiques.

Ce n’est plus amusant, la blague a assez durée.

Je ne ris plus.

J’ai peur.

On  m’a expliqué que plusieurs traits de ma personnalité comme l’impatience, l’impulsivité, l’excès, le besoin d’étourdissement, le manque de concentration ne sont finalement pas nécessairement liés à mon tempérament.  Tout comme plusieurs émotions vécues quotidiennement dont l’anxiété, l’insensibilité, le sentiment d’exister en dehors de mon corps et la sensation d’être toujours un peu grisée ne sont pas nécessairement des symptômes dépressifs.  Ce que je considérais comme faisant partie de mon caractère un peu extravagant, du monstre sous mon lit, ne se limite finalement pas au brin d’exubérance qui crée mon charme.

Non!

 Ce n’est pas la folie du monstre, ni rien de plus spirituel d’ailleurs.

Ce sont des signes de dénutrition, tout simplement.

Je me suis d’abord sentie déchargée, voire apaisée.  Certains comportements n’émergent donc pas de « ma case en moins », de mon côté d’illuminée qui fait tout à l’extrême.  J’ai exagéré, j’ai poussé mon corps à la limite, à l’excès.  Ce sont des symptômes et ils sont signe que le mal a envahi bien plus que mon cœur et mon corps, il s’en prend à mon esprit, à mes facultés.  Mon corps a décidé de faire une pause dans la tourmente.  Il se protège.  Je ne suis pas folle, je suis sous-alimentée, c’est aussi élémentaire que rationnel finalement.

Mon corps me garde dans un état d’insensibilité grisante pour me protéger…

De moi.

Il est malin et sensible mon corps.  Il a compris à quel point la douleur se fait lourde et difficile à porter.  Il a mis le ressenti en veille.  Il a engourdi mon esprit et mon cœur, pour ne plus souffrir, pour survivre.

Et voilà toute la supercherie, l’attrape…

Cet engourdissement du cœur ne permet pas de guérir.  Sans accès aux émotions, il n’y a pas de cheminement possible.  Je dois exister pour guérir.  Souffrir, ressentir et vivre les émotions à nouveau, une à une.

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Je suis affolée…

C’est terrifiant parce que cela implique de renverser l’engrenage.  Je ne me nourris plus suffisamment, alors je ne ressens plus.  Pour me reconnecter à mon Être, pour respirer à nouveau, je dois manger.  Je dois prendre du poids.  Ce sera difficile…

Pour alimenter mon cœur, je dois alimenter mon corps.

Je le reçois comme une révélation.  L’épiphanie au cinquième finalement.  Malheureusement, pour une personne souffrante comme moi, manger est devenu un combat quotidien et la tâche sera ardue.  Je cherchais la voie de la guérison.  Seulement, maintenant qu’on me l’indique, je suis terrifiée.

Je croyais naïvement que lorsque mon âme serait apaisée, je recommencerais à manger.  Seule.  Je croyais que nourrir mon cœur alimenterait mon corps.  Je doute pouvoir faire l’inverse. Je suis submergée.  Je dois remettre mon corps en marche pour pouvoir atteindre mes émotions.  Je connais bien le monstre, je sais que les émotions reviendront en force, impitoyables, menaçantes et plus violentes que jamais.

Ce sera moi contre moi, dans une lutte aussi destructrice que violente.

Je ne sais plus si je peux, si je veux…

Alors on me dit la vérité…

Encore.

Pour que je sache, pour me sortir de ma torpeur, pour que la plaisanterie cesse.  On m’a nommé ce que je ne pouvais imaginer.  On m’a parlé de ma perte de cheveux, de ma peau qui s’assèche.  On m’a exprimé, avec tant de bienveillance, qu’il me faudrait tenter d’éviter l’hospitalisation, arrêter cette incontrôlable chute de poids.  On m’a parlé de camps de jours où passer mes journées d’été à faire de la réadaptation alimentaire, à manger en groupe.

Seigneur, non!

Je ne veux pas ça…

Ce serait sombrer dans le gouffre.  Je ne veux pas basculer.  Je ne veux pas priver mes enfants de leur maman, pas même une seconde.  Ils ne m’amèneront pas de fleurs à l’hôpital.  Je vais les cueillir avec eux.  Je dois me réveiller, rugir.  Je dois attaquer le monstre à mon tour, à coup de vitamines et de nutriments.

Pour guérir…

Je nourrirai mon corps, puis mon cœur.

Je retournerai la violence contre la maladie.

On ne m’apportera pas de fleurs.

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