Voir grand

Maternage, marmaille, monstre et mélancolie

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Ma mère:  « J’ai entendu parler d’une actrice, elle ne se permettait qu’un  seul repas complet, en 7 jours.  ELLE EST MORTE!  Mais bon, je dis ça comme ça… » 

Je ne vous relate pas ces propos pour me moquer.  Je l’adore ma maman.  Elle est malhabile, mais elle essaie.  Elle a peur pour moi, pour cet enfant d’amour.  La douleur et le désarroi qui émanent de cette conversation me touche et je ne peux juger ses maladresses.  J’ignore tout de ce que traverse émotionnellement la mère d’une personne comme moi.  Je sais néanmoins ce que peut ressentir une maman qui souffre.  Je suis maman avant tout et en cette journée spéciale, j’ai envie de vous partager les états de corps et d’âme d’une maman éreintée par son monstre.

Je fais partie des motivées. Celles qui ont tout lu, tout préparé, pour tout.  J’ai creusé des pistes et j’ai une bonne idée des attitudes à adopter ou modéliser.  Je ne me pèse pas ou ne me mire pas devant les enfants.  Je les complimente sur leurs qualités d’esprit, j’évite les stéréotypes.  Je ne commente pas leurs corps et essaie de ne pas juger du mien.  Je mange à table et j’en passe…  Tout ça, je connais.  Je sais.

Mais…  Tout de même.

L’incertitude se fait persistante, inquiétante.

L’incertitude qui gruge…  Le doute d’être complètement dans l’erreur.  Le doute d’être dupe et de leur transmettre ce mal que je combats moi-même si difficilement.  La peur presque viscérale d’être contagieuse, que la maladie les attende au détour.  J’ai peur qu’ils se fassent envahir aussi insidieusement, sournoisement, que j’ai pu l’être.  J’ai particulièrement peur du non-dit.  Le discours latent, le ressenti me pétrifient.  Je crains cette sensibilité bien particulière qu’ont les enfants, surtout petits.  Leur façon de lire en nous, de percevoir ce que nous leur dissimulons.  Cette manière, presque divine, de nous deviner et de saisir nos états d’âme.   Cela m’effraie, me rend amère.  Que lisent-ils en moi?  Comment me perçoivent-ils?  Que devinent-ils derrière mes jeux et mes sourires?  Est-ce que, vraiment, ils n’y voient que du feu?

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Si ma perception est confuse voire erronée…

Est-ce la même chose avec eux?

Lorsque je saurai si j’ai bien fait, il sera trop tard.  Le mal, si mal il y a, sera déjà fait.  Je veux les voir devenir grands, sains et forts.  Même si la résilience est l’une des grandes beautés de l’esprit, je ne leur souhaite pas…

Tout comme moi avec ma maman, et avec toute leur sensibilité, j’espère qu’ils peuvent ressentir l’amour derrière l’inquiétude, la bienveillance derrière la fragilité.  Je suis bien avec eux.  Les moments où nous sommes réunis sont de rares périodes de calme et de paix intérieure.  Ils m’apaisent un instant et me donnent la sensation d’être au bon endroit, au bon moment.  J’espère qu’ils garderont en mémoire les blagues et les câlins, surtout pas la lourdeur de la souffrance.  Je souhaiterais tant leur offrir une enfance de candeur et d’innocence.  Ils sont petits pour comprendre le sens de mon propos, mais j’aimerais leur demander d’être indulgents.  Trop souvent, je me trouve maladroite.  Pourtant, ils sont la motivation première de cette quête de guérison.  S’il y a bien une raison pour laquelle je veux être forte et résiliente, c’est eux.

Ce rétablissement sera pour eux.

Alors pour vous célébrer aujourd’hui, mamans habitées du monstre, je vous souhaite votre « ce jour-là », votre instant de rebond et le début de la guérison.  Je sais, c’est énorme, mais je vois grand pour nous.

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