Une fois de trop

Ces démons – L’assise de mon iceberg

Amis du monstre,

La route est encore longue pour moi et le sommet bien haut, mais en ce moment, la vie est un tantinet plus rose.  J’espère donc vous inspirer un peu…  Ce soir, je vous souhaite de vous réapproprier votre vie. Choisissez-vous!  Qui que vous soyez, vous méritez mieux qu’eux.  Trouvez QUOI ou QUI se cache derrière votre mal-être et envoyez le promener de ma part.  Juste…  Parce que ça fait un bien fou.

Bonne lecture!

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Cette journée là…

La maladie mentale ne s’invente pas.  On ne fait pas semblant et surtout, ses victimes ne cherchent pas l’attention.  Ce n’est ni un choix, une extravagance ou un manque de volonté.  On se sait envahi, contaminé et on ne peut, subitement, décider de se rétablir. Alors quelle incidence avons-nous sur la guérison, sur le changement de comportements?  Après tout, les troubles alimentaires tiennent tout du contrôle.  Qu’est-ce qui nous appartient?

 Volonté?

Je dirais pouvoir…

Je crois que chaque personne qui se rétablie vit un instant de lucidité.  Une anecdote banale qui s’additionne et change tout, où il y a prise de conscience.  De cette accablante souffrance, émerge la lumière.  Le monstre exagère.  Une fois de plus.  Une fois de trop…  Il faut agir ou on y laissera notre peau.  Un moment qui engendre un changement de comportements, mais aussi de perceptions.  Un passage à l’acte.  Une reprise de pouvoir sur soi et sur ce qu’on est en droit de contrôler.

Un jour, on décide de ne plus être victime du dessous.  Faire volte-face et dire adieu à ce qui crée l’anxiété.  Affronter la base.  Enfance affligeante, rupture accablante, intimidation, abus refoulés.  Ce qui nous positionne comme proie,  qui a trop d’emprise sur nous.  Certes, il faut des ressources psychologiques, de la médication même, mais il faut aussi crier « ça suffit ».  Hurler et envoyer promener le passé et ses démons.

Mes enfants ont motivé ma quête de guérison.  J’en parle d’ailleurs dans mon tout premier billet.  Mais dernièrement, je me suis trouvée une fois de plus à la croisée des chemins. Amertume, lassitude, lucidité soudaine.  Une journée de trop, une anecdote qui s’ajoute.

Malgré la thérapie, je cohabitais bien avec le monstre.  Je consultais, mais je ne changeais pas.  Je crois que je me plaisais à discourir sur ma maladie et mon soi-disant processus de guérison.  Puis, en une journée, j’ai vécu tant de heurts que j’ai décidé de reprendre le contrôle.  Le vent devait tourner, malgré moi.

Ce jour-là, j’ai décidé de ne plus être souffre-douleur…  Pas du monstre ou du trouble, mais de mon existence.  Cesser de subir ma vie et l’affronter avec aplomb.  Je ne suis pas guérie, mais j’ai réellement modifié mes comportements depuis.  J’ignore ce qui s’est passé à l’intérieur de mon corps, de mon cœur.  Je reprends des forces, l’anxiété diminue.  Le pouvoir de l’esprit m’impressionne, me redonne confiance et conscience.

C’est banal, mais je vous raconte…

Cette journée commence avec une psychologue.  Chétive et tracassée par le fardeau des calories, je discourais encore sur le poids de la vie.  Je crois qu’elle en a eu assez, de moi, de mon manque de recul.  Ses propos m’ont foudroyée.  J’en avais pour quelques semaines avant que, probablement je perde connaissance quelque part.  Puis, tout irait vite…  Ce serait l’hospitalisation, le soluté et le régime imposé à 3500 calories par jour.  Plusieurs semaines sans mes enfants.  Si je voulais, je pourrais venir manger avec eux, à la clinique.

Fière comme je suis, je suis sortie de cette rencontre un peu troublée, mais en me disant que je tenais toujours debout.  Je n’étais pas si mal en point, juste un peu maigre.

 J’ai continué ma journée.

Songeuse.

Un peu plus tard, mon médecin me contacte au sujet d’analyses sanguines.  Un mot: anormales.  On me demande de retourner passer les tests.  On me planifie un électrocardiogramme.  On s’inquiète pour moi…

Encore une fois, fière, je me suis dit que je tenais toujours debout.  Je n’avais probablement juste pas assez mangé le matin des prélèvements.

J’ai donc continué ma journée.

Troublée.

En route vers le café du coin, prête à discourir pour vous sur mon existence…  Je me suis sentie faiblir.  Pour la première fois, j’ai douté pouvoir marcher la distance.  La tête me tournait, j’avais froid, les membres engourdis.

Toujours fière, je me suis dit, une fois de plus, que je tenais toujours debout.  Je voulais justement grignoter, c’était l’heure.  Je m’y suis rendue, de peine et de misère…

J’ai continué ma journée…

J’ai commencé à douter.

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Puis, assise dans cette vitrine que j’affectionne particulièrement, je l’ai vu: CETTE PERSONNE.  Celle qui fait partie de l’iceberg.  Si le trouble alimentaire est la pointe, j’ai croisé la base sur la rue.  La partie enfouie sous l’eau, mais si immense et lourde de sentiments.  J’ai vu cette personne, tellement bien sans moi, qui ne se fait pas de soucis, qui mange et vit sans se préoccuper une seconde de ma personne.  Celle qui m’a fait mal, douter, qui a laissé une brèche.  À ce moment, en observant en retrait l’une des sources de mon anxiété vivre si sereinement, j’en ai eu assez.  J’ai senti que le monstre me faisait un pied de nez.  À cette charge émotionnelle, s’ajoutait la faim, la fatigue et l’anxiété des événements précédents.

« Ça suffit! »

Je l’ai dit à voix haute.

J’ai décidé que je n’allais pas mourir d’émotions.  Tous ces démons…  Je n’allais pas me laisser dépérir pour eux.  J’allais rebondir, fièrement, merveilleusement.  Reprendre le contrôle avec force et assurance.  Je n’allais pas mourir de faim, de peine…  J’allais revivre et les aveugler par cette lumière qui, bientôt, jaillirait de tout mon être.

Puis, j’ai continué ma journée.

Le cœur allégé.

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Bella

Beauté, poids biologique et trouble du schéma corporel

Corps, courbes, grammes.

Illusions.

Relativité.

Ma perception du corps est hors norme.  Mon miroir est truqué. Mon reflet, infidèle.  L’image classique du trouble alimentaire: la vision d’un corps trop lourd malgré un faible poids.  Légende urbaine?  Absolument pas!   On appelle cela « trouble du schéma corporel » et il s’agit de l’un des critères diagnostiques.  Une étiquette bien lourde, mais fascinante.

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Je me perçois souvent attirante.  Pourtant, je n’ai jamais été aussi malade, mes bilans sanguins me le hurlent.  Mon reflet ne doit pas être si agréable en définitive.  Je suis confuse.  Reine de beauté ou reine de l’illusion?   La triste vérité est que je suis mal en point, fatiguée, éreintée et que cela ne fait plus de sens.  Je me sens belle à l’extérieur, mais aigrie à l’intérieur.  L’opposition entre le cœur et le corps me rend amère. Monstruosité. Le poids des grammes m’écrase, m’efface.

On me motive à reprendre du poids, malgré ma vision trompée.  Seulement, les grammes s’accumulent rapidement sur un corps en sous poids et, pour une personne aveuglée par son monstre, c’est troublant.

Pour guérir…

Il faut lâcher prise.

J’ai entendu une jolie histoire qui expliquait à merveille la phobie des grammes associée à la reprise du poids.  L’hésitation à maintenir son poids biologique, c’est-à-dire celui que l’on a naturellement en s’alimentant et en bougeant normalement, sans excès ou privation.

On comparait ce poids à une bouée flottant sur l’eau.  Elle bouge légèrement, mais reste passablement au même niveau.  On comparait ensuite les régimes excessifs au fait de tirer cette bouée sous l’eau, vers le fond.  Elle tend à flotter et si on desserre l’étreinte, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, elle remonte à la surface.

Je vis dans ce récit.  Le même constat pour mon corps et ses grammes.  Je me noie dans cette allégorie en tentant de plaire à mes yeux malades.  Mes efforts surhumains, dangereux, me maintiennent sous l’eau, à un poids artificiellement bas.  Si je cède, c’est le retour à la surface, à une vitesse affolante.  Une variation aussi rapide, c’est terrifiant.

Alors je tiens bon.

Je tire à me rendre malade.

Alimentée par cette phobie de devenir obèse et confirmée par cette vision tronquée de mon propre corps, je m’accroche fièrement à cette bouée.  Je suis faible, pâle, amaigrie et je ne le vois même pas.

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L’ambivalence revient au gallot.  Je me motive, puis je reste pétrifiée devant la reprise de poids.  Je veux, je ne veux plus.  J’essaie, j’arrête, je recommence.  Je suis tiraillée entre la crainte de prendre du poids, la peur de ressembler à ces publicités de prévention, les conseils des spécialistes et…  La faim.

La nourriture, ou la privation de nourriture…

24 -7

C’est anxiogène!

Perpétuelle préoccupation.  Pourtant, je ne veux pas lâcher la bouée.  Je le refuse catégoriquement.  Je m’y accroche au point de mettre ma santé en péril, constamment.  Je devrais être plus avisée.  On me dit que l’esprit n’y est pour rien.  Ce serait cette phobie de reprendre des kilos et les conséquences de la dénutrition qui altèreraient ma perception.  Cette crainte maladive des grammes, mais aussi la constante réévaluation du poids causée par ma vision troublée.  Le nouveau poids ne suffit que quelques jours.  Plus bas pour s’assurer de ne pas augmenter.  Le tout, en un cycle sans fin où perte de poids engendre mauvaises perceptions qui motivent à nouveau la perte de poids.

Ce qui fait le plus peur…

C’est être conscient du non-sens.

Est-ce cette distorsion de l’esprit qui crée le mal-être?  La faim?  Les blessures du passé?  D’où vient ce constant inconfort, cette éternelle insatisfaction?  Les amis du monstre sont perfectionnistes, à l’excès.  Je crois que je resterai insatisfaite de mon corps à l’excès.

Je me questionne beaucoup.  Ce n’est pas rhétorique…  Poids, perception, beauté, bien-être…  Tant de concepts avec lesquels je jongle au quotidien.  Les femmes de mon groupe de soutien tiennent souvent le même discours: lorsqu’elles seront plus minces, et donc plus belles, elles seront enfin heureuses.  Vraiment?  Le bonheur est inversement proportionnel au nombre affiché sur la balance?   Je suis très mince, mais aussi souffrante qu’elles et sensiblement pour les mêmes raisons.  Un doux mélange de stéréotypes, de troubles et d’opinions.  Finalement, personne n’est en paix autour de cette table.  Les grammes pèsent lourds, peu importe le nombre.

Alors au final, si la souffrance ne vient pas réellement du corps et de son poids, d’où viendront le bien-être et la guérison?

Est-ce qu’en laissant aller ma bouée, je trouverai l’équilibre?

#MTLplusFW

La beauté du + OU Ces femmes qui m’inspirent

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Hier, j’ai participé à la première édition de La semaine de la mode taille+ de Montréal.  J’y ai vu des femmes magnifiques, de toutes tailles, belles et bien dans leur peau.  Quel moment mémorable, je me sens inspirée ce matin.  Inspirée…  Non pas par leur corps ou le fait qu’elles osent défiler en dessous « quand même » ou « malgré ».  Elles me donnent espoir et inspiration car elles ont défilé « grâce à ».  Elles m’inspirent car elles sont rayonnantes, affirmées et pleines d’aplomb.  Elles se sont mises en danger, elles ont osé. Pour se sentir belles, pour faire avancer l’industrie.  C’est tout un monde de perceptions et de fausses croyances qui tremblait sous leurs pas.

Pour moi, qui vis avec la phobie des grammes, c’est confrontant et enrichissant à la fois.  Je suis fière et motivée par ces femmes, mais ambivalente face à mon propre corps, mes propres émotions.  Je réalise à quel point la beauté ne vient ni des grammes, ni des formes.  Elle vient de cette lumière qui frappe lorsqu’on se sent belle et bien.  Je veux cette énergie, cette fougue.  Je veux me sentir comme ces femmes, au-delà des chiffres.

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Je sors sereine de cet événement.  J’ai envie de croire en cette possible guérison.  Je sais très bien qu’il y aura des hauts et des bas…  Je n’ai pas cette assurance, cette démarche, mais j’ai envie de rayonner moi aussi.

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Merci!

Elles, moi, nos symptômes

L’art de l’étiquetage et la grande famille TCA

Depuis que je m’ouvre davantage sur la maladie, on me demande fréquemment de définir en quoi consiste mon trouble.  Les gens ont besoin d’une étiquette à apposer.  Anorexie mentale? Boulimie? Hyperphagie? Orthorexie?  Il y en a davantage…

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Pudeur?

Absolument pas.

Je crois simplement que nommer éclipse la douleur, contraint à certaines conduites et crée l’isolement.  La vérité est beaucoup plus complexe, floue.  Moi-même, j’aimerais identifier clairement le mal dont je souffre, le pointer du doigt et fixer l’étiquette.  Le remède serait peut-être plus simple à trouver.  Malheureusement, je ne pense pas qu’un seul mot puisse décrire toutes les souffrances qui m’habitent.

« Mal-être » peut-être?

On me souffle « maladie mentale ».

Aussi, la vérité est que j’ai toujours cru en un trouble bien précis.  J’avais ma vision, mon analyse.   Puis, quand le diagnostic est tombé, quand on m’a finalement apposé mon étiquette, ce n’était pas celui que je soupçonnais.  La ligne est fine entre les différents troubles et il n’est pas rare que les comportements se ressemblent.  En fidèle amie du monstre, je n’affectionne pas les zones grises et je croyais que cette étiquette m’éclaircirait enfin, m’apaiserait.

Désenchantement…

Suis-je sortie de cette rencontre changée, bouleversée?  Pas du tout.  Du moins, jamais autant que le soir où l’on a accueilli et compris ma douleur pour la première fois, indépendamment des termes.  Seul le malaise importe.

Je me retiens également de nommer inutilement, car les troubles alimentaires sont des symptômes et les étiquettes font mal.  Je suis bien plus que mon trouble alimentaire.  Je suis plus qu’une femme anorexique, boulimique, blonde ou brune.

Je suis souffrante.

C’est bien pire.

J’aurais pu faire des crises de panique, d’automutilation ou devenir alcoolique…  Ça revient au même, dans l’optique où ce ne sont que des symptômes d’un mal bien plus important.  Mon corps avait l’embarras du choix, il a opté pour le trouble alimentaire.  C’est tout!  Il y a sûrement une explication plus profonde.  Mais une fois de plus, est-ce que ça influence la peine?  Ce ne sont que des signes, que l’expression sous une autre forme d’une même entité.  Les mêmes maux en d’autres mots, dans une autre langue.

Les comportements envahissent et font ombrage à la souffrance car ils sont impressionnants, choquants, particulièrement vus de l’extérieur.  Cela dit, bien que les agissements diffèrent légèrement d’un trouble à l’autre, la problématique est similaire, aussi dure.  Et moi, je ne veux pas parler de critères ou de comportements, je veux parler de sentiments et de douleur.  Seul ce qui brûle importe.  Ça me frappe d’ailleurs depuis que je fréquente un groupe d’entraide.

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Nous sommes 10, 10 femmes merveilleusement différentes.  L’âge, l’origine, le milieu socio-économique, la profession, l’enfance, la situation familiale…  L’étiquette.  Tout diffère, mais le même mal subsiste.  Nous n’avons pas le même physique, la même réalité alimentaire ou les mêmes réactions, mais nous vivons toutes avec le même monstre.  Lorsque je les écoute parler, raconter leurs impressions, leurs peurs.

C’est  moi!

Les mêmes perceptions, les mêmes frustrations.

Le même mal qui sévi.

Tout fait écho.

L’effet miroir est saisissant et ce, malgré nos étiquettes.  C’est troublant et je comprends maintenant mieux pourquoi, lorsqu’on commence à consulter, on nous oriente fortement vers ces groupes.

Le comble du stéréotype: briser l’isolement.

La vérité est que, le premier soir, je n’y allais pas de gaité de cœur.  Je ne comprenais d’ailleurs pas, moi non plus, pourquoi nous n’étions pas regroupées par trouble et je me questionnais à savoir quels genres d’énergumènes j’allais y rencontrer.  Je suis revenue bouche bée car, je le répète…

Toutes ces femmes, c’était moi.

Et ce premier échange m’a fait un bien fou.  Je n’étais plus seule, extraterrestre.  Je me suis apaisée depuis que je les fréquente, depuis que je peux parler ouvertement avec ces femmes qui comprennent vraiment, qui vivent le même tourment.  Il faut le vivre pour saisir.  Quand, toute sa vie on a cru être seule et que, soudainement, il y en a 9 autres assises à nos côtés, à déballer leur histoire.  C’est troublant!   Ça change.  Ça m’a changé.  Bien plus que de recevoir un diagnostic.

Je relis parfois certains textes que j’ai écrits avant de commencer la thérapie et les groupes.  J’y sens la rage, la colère.  Je ne me reconnais pas d’ailleurs.  Je ne reconnais ni ma plume, ni ma personnalité. Ce ne sont pas mes choix de mots ou d’expressions.  J’étais enragée, j’en voulais à la terre entière.  Je n’avais plus de recul.  Il fallait que j’explose de douleur.   Que je la hurle à quelqu’un qui allait comprendre.  Et c’est de cela dont tous ceux qui vivent avec un TCA ont le plus besoin : une oreille qui sait, qui sent, qui vit la même réalité.  Et cette personne jumelle ne se trouve pas par son  étiquette.  Elle se trouve par l’émotion et le ressenti.  Peu importe le nom, peu importe le trouble.

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Toute cette diversité est fascinante.  Malgré nos disparités, nous vivons tous et toutes la même solitude, jusqu’au moment de se trouver et de faire voler les étiquettes.  Et quand les barrières se sont envolées et que les masques sont tombés, on peut vraiment se parler, se confier, s’unir et commencer à guérir…

Ensemble.

Douce incertitude

Variations sur le mot « mais » OU quand ambivalence rime avec guérison

Pour une fois, je ne me ferai pas pessimiste.  Profitons-en et soulignons une découverte qui m’apaise un brin.

Tranche de vie ou MAIS 2.0 :

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L’écriture de mon dernier billet m’a troublée. Je suis apparue préoccupée à mon groupe de soutien, résignée même.  Je ne voulais plus, j’étais complètement éreintée. Comme je l’exprimais plus tôt, le poids de la guérison se fait très lourd en ce moment. Dire adieu au monstre m’effraie grandement et j’hésite.  J’ai choisi de partager.

 Alors on m’a expliqué…

Encore.

On m’a mis aux faits de mon développement psychologique et, pour une fois les amis, ce n’est pas alarmant ou décourageant.  Je veux donc partager ma découverte avec vous. J’espère redonner un peu d’espoir à d’autres cœurs ambivalents.  Compagnons incertains, notre monstre n’a qu’à bien se tenir.

 L’ambivalence face à la guérison serait signe de cheminement.

Je rêve?

Et bien non!  Comme je l’ai souvent évoqué, les personnes vivant avec un TCA ont une tendance à l’extrême.  Force, passion et intensité riment souvent avec impulsivité, obsession et compulsion.  Elles s’investissent avec fougue, se donnent corps et âme.  Tout est noir ou blanc.  Il n’y a pas de zone grise, pas de doute ou d’ambiguïté possible.  Tout est entièrement positif ou négatif et doit être défini ici et maintenant.  Pas de demi-mesure.  Nous vivons dans l’excès, avec frénésie, de toutes les façons possibles, de haut en bas.

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En ce sens, l’hésitation serait signe de mouvement.  Une douce possibilité de changement.  Le murmure que l’esprit devient critique.  La balance se met en branle.  Elle se dandine d’un bord et puis de l’autre.  Elle fait bouger le monstre, l’examine et le remet en questions.  Ce serait donc le début de la guérison ou du moins,  un signe de renouveau. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression de respirer à nouveau.  Le vent tourne légèrement amenant une brise d’optimisme.  Une subtile éclaircie.  Un répit dans ma tourmente.  Je ne suis plus pétrifiée.  Je progresse apparemment, toujours dans le corridor de la santé mentale me direz-vous, mais tout de même, vers l’avant.

Ce ne sera pas aisé.

Je doute encore de quel côté penchera ma balance.

MAIS…

J’ai étrangement envie d’y croire.

Mais

Monstrueuse amitié et crainte de la guérison

 J’aime bien donner au terme « mais » cette signification:

« Oubliez ce que je viens de dire, voici ce que je crois vraiment. »

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Ces derniers temps, je l’utilise continuellement.  J’ai peur de guérir.  Voilà…

Je suis consciente du non-sens, mais c’est la sombre réalité.  Je crains de changer ma façon de vivre, mes habitudes, mon apparence.  J’appréhende ce qui s’annonce, l’ampleur de la tâche.  Je suis à la case départ.   Guérir, consulter, se jeter dans le vide, faire confiance, lâcher prise, reprendre du poids.  Tout ce qui déclenche des crises.  Tout ce que les amis du monstre maudissent.

Je vous entends.

Mauvaise journée, faim, fatigue.

Je serai plus sereine après coup.

Vous avez raison, mais…

Le poids de la guérison me pèse bien plus que celui du monstre.

Guérir…  Je le voyais comme un miracle.  Mon sauvetage sous le soleil.  Moi, envers et contre tous, les cheveux au vent.   Manger sans grossir, sans culpabiliser.  Me rétablir sans souffrir à nouveau.

Mais non!

Se remettre, tranquillement, un jour à la fois…

C’est aussi remplir des formulaires, fouiller son enfance, déterrer ses blessures.  Traverser l’aile « santé mentale » de l’hôpital.  C’est cocher « oui » à une foule de comportements aussi embarrassants que malsains. C’est faire la liste exhaustive, écrite, de ses démons et de leurs ecchymoses pour des dossiers psychologiques.  C’est dire à haute voix ce qu’on cache depuis des années.  Révéler la vérité de la maladie des mensonges.  C’est décrire sa vie en détails gênants, répéter son histoire et énumérer ses comportements jours après jours, à différents intervenants, de différents milieux, pour accéder aux services.  C’est se porter à bout de bras.  S’inciter à manger quelque chose de simple et se sentir coupable.  Se forcer à faire un pas en avant et être mortifié par le poids de la vie.  C’est surtout réévaluer sa façon de voir non seulement la nourriture, mais sa façon d’être et de vivre quotidiennement tant pour un simple dîner que pour gérer ses émotions et ses relations.

Je suis malade et je ne veux pas changer.

La maladie physique devient mentale, je crois.

Ou l’inverse?

L’engrenage me fait douter.

J’hésite.

Je pense aux femmes qui m’accompagnent au groupe de soutien.  Nous vivons les mêmes douleurs et j’ai mal pour elles.  Je peux affirmer, sans hésiter, qu’aucune d’entre elles ne mérite de subir le quart de ce que je m’inflige au quotidien.  Alors pourquoi l’accepter?  Pourquoi en douter même?  Pourquoi tant de bienveillance, de recul surtout, pour des inconnues mais pas pour moi?  Parce que, je dois l’admettre, le trouble alimentaire m’apporte tout de même un petit quelque chose.  Il a ses avantages, aussi.  Mon monstre me fait peur, mais vivre sans me terrifie.

Je veux m’apaiser, me soulager.  Oui.  Je veux cesser de souffrir tant psychologiquement que physiquement.  Assurément.  Je veux être plus fonctionnelle et que les crises disparaissent.  Oui, encore.

Je veux que le monstre me quitte…

Oui.  MAIS…

 Je l’aime quand même.

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Comme un amoureux qui me ferait violence.  Je le sais toxique, malsain, mais si familier.  Le trouble alimentaire vit avec moi, à mes côtés, depuis tellement longtemps.   Il est présent avec et pour moi, dans toutes les situations de crises, depuis toujours.  Il me connaît.  Il sait ma vie par cœur.  Il a été tant acteur que spectateur de tous les événements difficiles que j’ai traversés.  Même s’il me tourmente, il est mon point de repère, ma façon de me consoler, de contrôler.

Illusion me dit-on, maladie mentale, folie.

Je vous le concède mais…

L’illusion est bien réelle pour moi et je dois maintenant lâcher prise, me jeter dans le vide. Tous ces changements pour guérir et me sentir mieux, mais aussi pour vivre une vie dont je ne connais rien.  Une nouvelle réalité, supposément plus saine, mais inconnue…

Soigner un TCA est guérir de sa propre violence en se faisant encore plus violence.  Ça me trouble.  Je dois le rationnaliser pour l’intégrer…

Le monstre devra partir, je le sais bien.

Il ne doit pas y avoir de « mais » cette fois.

Béton armé

On rit un brin – La pensée irrationnelle

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J’ai fait cette photo de l’échangeur Turcot.

Pour ne pas oublier cet instant.

Ce bref moment de lucidité.

En thérapie, le concept de « pensée irrationnelle » revient continuellement.  Les personnes souffrant d’un TCA ont une représentation altérée de la réalité qui leur crée des idées et des obsessions illogiques, déraisonnables.  Pour moi, cette photo est l’incarnation même de ces pensées absurdes.

Pourquoi cette photographie?

Ce moment?

Parce que marcher plus d’une heure sous l’échangeur Turcot, après 3 heures d’exercice physique dans la journée, me semblait tout à fait juste.  J’ai parcouru cette distance, mentionnons-le, afin de me rendre à mon groupe de soutien pour troubles alimentaires.

Folie?  Incohérence?  Non…  Pour une personne comme moi, c’est sensé.  Tout ce qu’il y a de plus rationnel.  C’était logique, car chaque calorie compte et chaque occasion d’en dépenser une est à saisir.  Obsession?  Délire?

Maladie…

J’étais complètement égarée, désemparée entre les panneaux de circulation, les cônes, les amas de terre et de gravier.  Prise avec un GPS aussi perdu que moi, j’avais la gorge serrée, un nœud à l’estomac.  Écrasée par le poids du béton, par le poids de la réalité qui rattrape.  L’aberration m’a heurtée.  J’ai été atteinte de plein fouet par le ridicule, le surréalisme de la situation.  J’étais une pure caricature.

J’ai souri.  J’ai fait cette photo.

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Ce n’est pas la fin de cette histoire grotesque…

À cet instant précis, pendant ce bref instant de lucidité, le passage piétonnier n’a pas capté ma présence.  J’ai appuyé plusieurs fois.  J’ai attendu longuement, patiemment.  Il ne m’a pas vu, jamais.  Moi, qui suis terrorisée à l’idée de m’effacer, de ne plus exister.  Moi, qui se sens disparaître un peu plus chaque jour, qui rapetisse trop et trop rapidement.  Inaperçue, complètement.  J’étais invisible, seule avec ma pensée irrationnelle.

J’ai ri.