Exister au gramme près

Mesure, gramme, poids et obsession

La balance…

Cliché ultime du trouble alimentaire. Emblème d’une maladie sournoise et malicieuse. Je la déteste, mais elle fait partie de ma vie. Comme une relation amoureuse toxique à laquelle on est incapable de mettre fin. Elle décide pour moi. Elle dicte le moindre de mes comportements, elle module mes agissements tout au long de la journée. Manger ou ne pas manger, boire ou ne pas boire, faire du sport ou non, être heureuse aujourd’hui ou pas. Jour après jour, elle influence mon humeur, génère des crises, provoque des drames ou elle m’apaise et me soulage. Alors, comme une victime, je me pèse… 10, 20 fois par jour. En me levant, avant et après avoir mangé, avant et après être passée à la salle de bain ou simplement parce que je passe devant.

Je sais à quel point c’est caricatural.

Ma psychologue me demande si je vois à quel point c’est excessif. Mais bien sûr que oui! Je le réalise, je le comprends, mais je ne le contrôle pas. Je suis intelligente et capable de discernement. Je sais bien qu’on ne devrait pas suivre ses variations de poids au gramme près. On ne peut contrôler à ce point son corps. Seigneur! Je le sais…

En vérité, je ne contrôle rien dans ma vie. J’ai perdu l’emprise sur moi-même et ça me tue. Je n’ai plus de repère, je ne vois plus le phare. Alors, je m’accroche à cette terrible amie qui me dit, à la minute près, au gramme près, comment je me sens.

Et elle est futée la balance…

Elle a des amies, partout, dans toutes les maisons. En plus, elle et ses copines ne disent pas toute la même chose, elles s’amusent. Elles rigolent et prennent plaisir, d’un endroit à l’autre, à me faire perdre patience, à m’angoisser. Alors, le monstre sous le lit calcule. Chez elle, je fais « + 5 » mais au gymnase « au moins – 5 ». Je réalise à quel point, pour une personne qui ne se pèse qu’à l’occasion ou pas cela peut paraître excessif et extrême. Encore une fois, je suis une caricature, totalement dans l’exagération. Mais tout est là, c’est exactement ce que sont les troubles alimentaires… Compenser le vide par l’excès.

On m’a dit que les personnes vivant avec un TCA sont toujours en haut ou en bas. Elles ne tolèrent pas le gris. C’est noir ou blanc et elles changent d’idée ou de sentiment à la minute près, voire à la seconde parfois. Tout cela, pour le ressenti, pour avoir enfin l’impression d’exister, de vivre. Pour ne plus simplement être spectateur de sa vie, mais y prendre part. Pour que l’émotion, la plus puissante possible, vienne combler ce vide si profond. Pour avoir l’illusion qu’on peut reprendre le dessus sur son corps et sa vie, alors qu’au fond, c’est l’exemple parfait, la preuve même, du manque de recul et de la perte de contrôle totale qu’amène la maladie.

Mais tu sais, chère amie métallique, je ne veux pas disparaître. Je vois le nombre que tu affiches diminuer, ça me fait peur et plaisir à la fois, mais je ne veux pas disparaître. Je combats mes démons tous les jours, je me contredis dans mes actions et paroles à longueur de journée, de haut en bas. Mais je veux exister, sans toi, sans le monstre, juste pour moi. Et tu verras, un jour, tu seras au placard.

Tu as gagné plusieurs batailles, mais je gagnerai la guerre!

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