Faux-self

Cette autre moi, celle qui marche à mes côtés

Je le lis partout, les personnalités boulimiques-anorexiques ont un immense « faux-self ». Un « front » comme on dit. Un masque qu’elles portent au quotidien. Ce masque est, apparemment, la raison pour laquelle j’ai constamment l’impression que mon esprit déambule à côté de moi, comme s’il était totalement en dehors de mon corps. La raison pour laquelle j’ai toujours le sentiment d’être en représentation, de vivre ma vie comme si je la jouais au théâtre. Parfois, j’ai l’impression de ne pas ressentir mes propres pas, comme si je flottais au lieu de marcher.

Vraisemblablement (et si j’ai bien compris), ce « faux-self » est la raison pour laquelle certaines personnes boulimiques-anorexiques croient parfois avoir un dédoublement de personnalité et sont donc incapables de se connecter à leur réelle identité, à leurs propres besoins. C’est lourd, mais c’est tout autant vrai que frappant chez moi. Je suis incapable de faire les choses pour moi, de prendre une décision uniquement pour moi et mon bonheur. Je suis toujours réactive. Toujours à susciter une réaction. À contrecoups, inlassablement. J’agis pour faire réagir. Presque tout ce que je fais ou dit est destiné à moduler le comportement des autres. Mes amies me le demande pourtant constamment « Qu’est-ce que tu veux, toi? ». La vérité est que non seulement je l’ignore, mais ça me paraît complètement superflu.

Ce fameux « faux-self » me suit partout…

Lors d’événements anxiogènes (la bouffe, pour ne pas la nommer), c’est pire.

Je suis assise à table pour un souper familial classique. Tout le monde mange, de bonne humeur. Je regarde le peu que j’ai mis dans mon assiette et je trouve que c’est déjà trop. C’est trop et pourtant j’ai faim. J’ai faim, je ne veux pas manger et je sais à quel point c’est irrationnel. C’est ce qui est pénible je crois, savoir que c’est insensé. Ça bouillonne à l’intérieur de moi. J’ai peur de manger, peur de perdre le contrôle. Je m’en veux et je suis anxieuse. Je sais que ce souper peut se terminer de deux façons : je mange mon assiette rationnée et je repars « fière » ou je mange exagérément et j’en ai pour 3 jours à m’en remettre tant physiquement que psychologiquement. Pour une personne « normale » qui mangerait « normalement » lors de ce souper, cela peut sembler un stress inutile et d’une insignifiance aberrante. Mais, pour une personne habitée d’un trouble alimentaire, c’est le monstre caché sous le lit.

Tout le monde parle et moi je suis absente. Comme si je me regardais et contemplais la scène de l’extérieur. J’ai mon masque sur le bout du nez car toute mon énergie me sert à contrôler mon anxiété. Je ne suis pas présente en ce moment, je ne suis pas à cette table. Du moins, pas comme eux. Je fixe les gens, je leur parle, je les entends sans les écouter. Je ris, mais personne ne m’intéresse. Plus rien ne m’intéresse et j’attends simplement que le temps passe. Chaque minute me pèse.  J’attends que ce damné repas soit terminé et j’en veux à la terre entière.

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