20 grammes

« Pourquoi tu te fais mal? »

Cette question, je vais m’en souvenir.

Posée si simplement par une fille dans ce petit local du septième. Je comprends rapidement qu’entre « nous », il n’y aura pas de censure. Elle a 20 ans, 10 de moins que moi et elle est en rémission. Elle est venue au groupe ce soir-là pour faire le plein de courage car elle retourne sur le marché du travail. Elle me regarde l’air incrédule, avec un regard doux et plein de tendresse. Elle a la force de sa douceur. La rage des troubles alimentaires mêlée à une touche de résilience. Elle est encore fragilisée par sa vie et sa maladie, mais solide de voir la lumière au bout du tunnel. J’ai l’impression qu’elle a beaucoup cheminé, qu’elle a compris quelque chose qui m’ait encore inaccessible. D’elle, émane une compréhension et une acceptation de soi que je n’ai pas. Elle dessine pour contrôler son anxiété. Un homme qu’elle a vu dans le métro. Pour elle, le pire est derrière. C’est le calme après la tempête.

Elle soutient mon regard, comme si c’était la question la plus simple du monde. D’une certaine façon elle a raison, c’est simple… Les troubles alimentaires n’ont rien à voir avec la nourriture. Ils ne sont qu’une manifestation d’un mal être qui est en lui seul bien plus grave et troublant que l’envie de manger ou non. Je sais qu’elle comprend. Je sais que ELLE, elle le sait, à quel point ça fait mal. Elle le voit, à travers ma peau, à quel point c’est à l’intérieur que ça brûle, à quel point c’est mon cœur qui cri famine.

Je la fixe, je ne sais quoi lui répondre. J’aimerais avoir une pensée profonde, intelligente, qui pourrait expliquer toute la souffrance qui m’habite, mais je ne trouve pas les mots. Je voudrais trouver ceux qui illumineraient les visages autour de moi, comme une révélation profonde. L’épiphanie du septième étage. Mais, je n’en sais rien. Voilà! J’ai tout et rien à dire en même temps. Je reste silencieuse et je la fixe. Elle hoche la tête, me fait signe que oui.

Plus tard, ce soir-là, elle me dira que ce à quoi je m’attache pour être heureuse est superficiel, que je ne me connais pas assez pour suivre mes aspirations, écouter mes besoins, mes intuitions et éliminer les mauvaises personnes de ma vie. Rien de moins… Qu’il y a discordance entre ma vision du bonheur et mon réel besoin d’amour. Je lui réponds que, quand on est adulte, nos décisions ont un impact lourd en conséquence sur notre vie et celle de nos proches. Mais elle a raison… En quelques minutes elle a lu en moi, elle a trouvé les mots que je ne n’arrive pas à trouver seule. En un seul regard, en m’écoutant d’une seule oreille, elle m’a devinée. Elle l’a senti.

Je me repose souvent cette question: « Pourquoi je me fais aussi mal? Tant au corps qu’au cœur… » Je ne connais pas encore la réponse, mais j’ai espoir que, bientôt, sans pour autant avoir cette pensée profonde, mon cœur se portera un peu mieux.

Chère amie d’un soir,

J’ignore si nos vies se recroiseront, mais ce jour-là, tu m’as redonné au moins 20 grammes de courage.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s