Quand pleurer ne suffit plus…

Difficile pour moi, parmi tous les maux que j’ai mis en mots, de choisir lesquels seraient du premier envoi. Finalement, comme ma démarche de guérison a commencé par un appel à l’aide, j’ai choisi ceux-ci.

 

Demander de l’aide…

Composer un numéro « 1-800 » avec les mots « briser le silence » inscrits sur le côté. Ce numéro qu’on garde caché sur un bout de papier ou noté à l’intérieur d’un livre. Personne n’a encore répondu et c’est déjà la honte. Pourtant, je l’ai fait. J’ai vu tous les chiffres s’afficher l’un après l’autre, au ralenti. Chaque tonalité me faisant hésiter un peu plus, mais je l’ai fait. Je l’ai fait parce que c’était MON instant. Un moment décisif. Un événement qui marquera le « avant – après », mon « ce jour-là ».

Pour moi, cet instant demeurera le moment où j’étais tellement affaiblie et fatiguée que je ne me sentais plus capable de faire un casse-tête avec ma fille. Le moment où j’étais assise sur le sofa, honteuse devant les yeux enjoués et innocents d’un enfant.

« Viens, on va le faire ensemble! »

Épuisée, mais surtout rongée par la culpabilité, j’ai été me chercher quelques noix et je me suis assise sur un coussin pour faire le casse-tête de la honte. Le sourire aux lèvres je riais, j’étais d’une fausse bonne humeur épatante, mais à l’intérieur : l’angoisse. Ce jour-là, mes enfants n’y ont vu que du feu. Moi, ce jour-là, j’ai senti à quel point j’étais au bord du gouffre. Bien que ce mal insidieux que sont les troubles alimentaires marchait à mes côtés depuis de nombreuses années, pour la première fois, je me sentais perdre pied. J’avais froid et plus uniquement au corps, à tout mon Être.

Et mes enfants?  Pas question que cela les affecte, envahisse leur vie d’enfants.

Le lendemain matin, je me suis réveillée les yeux enflées et le visage rouge. En crise presque toute la nuit, j’étais déjà exténuée, éreintée. J’ai pris le téléphone et j’ai composé le dit numéro, celui qui traînait dans mes affaires depuis beaucoup trop longtemps.

Ce matin-là, j’ai eu la chance de me libérer complètement et d’exprimer, sans censure, mon mal de vivre et de manger à la personne la plus douce, posée et surtout sans jugement que la terre ait portée. Tu ne t’es pas nommée, mais tu as fait une différence dans ma vie. Tu fais partie du « avant – après », ou du moins, du début de cette quête de guérison.

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Puis, vient le premier pas…

Le jour où tu décides de consulter, de prendre l’auto et d’y aller, de te déplacer physiquement (c’est beaucoup plus difficile qu’on le croit). Le moment où tu te laisses convaincre de te joindre à un « groupe de discussion ouvert ». Tu t’y rends en te disant que cette rencontre ne va que confirmer que tout va bien car de toutes façons, ça fait quelques jours que tu n’as pas eu de crises et tu es en pleine forme. Radieuse même! Tu te dis que, si ça se trouve, ils vont te dire de retourner à la maison, que tu n’es pas assez malade pour eux.

Et puis ça frappe de plein fouet…

Ce soir-là, à ce moment bien précis, dans un petit local du septième, tu réalises que tu es la plus « deep » du groupe. À cet instant, tu es la plus mal en point. Celle qui s’identifie à toutes les autres et qui a les pires comportements. Celle que les autres regardent en se disant « pauvre fille ». Tu écoutes les autres raconter leurs histoires en te disant que, bien qu’il n’y ait pas de problèmes plus importants que d’autres, tu ressorts bizarrement du lot. L’intervenante te regarde avec des yeux doux et bienveillants mais tu y lis l’urgence, voir une prière de revenir, encore.

Ce soir-là, on m’a demandé de nommer le sentiment qui m’habitait avant de quitter la rencontre, comme un enfant.

J’ai répondu « apaisée », mais c’était complètement faux.

J’étais terrifiée!

Je laisse traîner ici ce numéro…

Ligne d’écoute (et de ressources) de ANEB Québec:

1-800-630-0907

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