Tu es plus belle comme ça

Des cœurs, des fleurs, une licorne – Au royaume de l’acceptation

Tous ces compliments qui font mal…

« Tu es plus belle maintenant »

Parce que…

« Tu as pris du poids et ça se remarque »

C’est impoli

Parce que

« Lâche pas fille »

C’est infantilisant

Parce que

« Comment vas-tu? »

Implique une toute autre vérité

S’aimer. Être bien dans sa peau. Royaume d’acception de soi dans lequel, en passant, un commentaire comme « tu es plus belle comme ça » ne devrait pas être perçu comme un encouragement (je dis ça comme ça).

Ce rayon là… À la librairie.  Des cœurs, des fleurs, une licorne, au royaume de l’acceptation.   J’ai trouvé les références que je traînais depuis longtemps. J’ai marché vers la caisse, j’ai attrapé un roman. J’ai payé le roman et j’ai laissé les autres à la caissière.

« J’ai changé d’idée »

Parce que…

« M’aimer comme ÇA , je ne suis plus certaine »

C’est malaisant

Si vous avez déjà participé à une thérapie TCA, on vous a sûrement déjà fait rédiger la liste des avantages et des inconvénients de la maladie. Pour les autres… C’est tout comme faire les « pour » et les « contre » d’une relation qui nous fait souffrir, afin de savoir si l’autre en « vaut la peine » . On cherche à savoir si notre TCA « en vaut la peine ».

J’ai mis la mienne sur Facebook il y a deux ans environ. Dernièrement, une lectrice me l’a renvoyée pour m’encourager.  J’ai trouvé cela très attentionné d’ailleurs, qu’elle me l’envoie, mais également qu’elle s’en souvienne.

Cela dit, ça m’a pris dans le détour car je l’avais jetée.

C’était ceci :

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Je la retrouve sans émotion.  Je me dis « hey ben ».

Depuis cette liste j’ai, et je crois réellement, tenté l’approche de « la guérison ». Ceux qui vivent comprennent…

  • Ne plus me regarder continuellement dans les vitrines
  • Faire de l’activité physique saine et non du « cardio » seule à minuit
  • Changer mes abonnements Instagram « fitness » pour de belles histoires de guérison (merci de me montrer tes toasts)
  • Ne plus faire de régimes
  • Ne plus me peser ET faire semblant que le poids n’a plus d’importance
  • Piger une « réflexion » dans le pot de la salle d’attente du psy et être déçue à chaque fois
  • Manger lentement en prenant soin de poser les ustensiles entre chaque bouchée (histoire de me fondre)
  • Écrire une lettre à mon corps (!!!!!!!!!!!)
  • Écrire mes sentiments
  • Parler à « la voix »
  • Mettre un sourire dans mon visage
  • Le tenir là…

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Quand on reprend une routine alimentaire équilibrée il y a un moment de bonheur total où on peut manger, sortir, retrouver une vie, retrouver ses amis SANS avoir repris du poids.  Du coup, tout le monde pense qu’on est guéri.   Puis, il y a « après ». On doit réévaluer notre garde-robe, regarder le chiffre monter passivement et manger…  Quand même.  Vivre des crises, encore et toujours…

« Fake it until you believe it »

Parce que

« Ça arrangerait tout le monde si tu arrêtais ça »

C’est indélicat

Puis, parce que le TCA est toujours là, je refais la liste…

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Je sais bien que ce discours est teinté d’une perception à mi-chemin entre la maladie et la guérison, mais depuis longtemps ma perception de moi-même n’a pas été aussi négative. Je ne suis pas en train d’abandonner… Mais tout de même… Je constate.  Je sais que les gens sont gentils, plein d’amour, d’encouragements et de compliments.  Mais ces compliments, si lourds, si douloureux, mettent une fois de plus en doute mes perceptions et les perceptions de la maladie par rapport à celles des gens.  On dit que perception est réalité, et ma réalité fait toujours mal, peu importe les compliments.

Donc, SVP, on arrête le :

« Tu es plus belle comme ça »

Et tous ces compliments qui font mal

Parce que de toute façon, ils ne font pas le poids

Sur ma balance

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À toi

Absurdités thérapeutiques et trouble alimentaire

Quand on entreprend une thérapie, on en voit et en entend de toutes les couleurs. Je dois être honnête, la thérapie m’apporte beaucoup. Sincèrement, BACA m’a sauvé du « deadend » où je me dirigeais. J’ai également lu beaucoup de livres, d’articles, de billets sur les troubles alimentaires et surtout, sur comment en guérir. J’ai échangé, discuté, avec beaucoup, beaucoup de gens…

Il y a du bon dans tout… Du moins bon aussi. Il y a des faits et des opinions. De tout quoi, et même en thérapie.

Depuis la création de ce blog. Je me suis fait une amie. Une lectrice assidue qui m’écrivait souvent est devenue une amie, une confidente. C’est une belle jeune femme, la vingtaine. Elle est autonome, a un chez soi bien à elle et un bon emploi. Elle se bat contre son trouble alimentaire et, comme moi, va en thérapie. Au travers de cette thérapie, on lui a offert « des outils ». On lui a donné des moyens efficaces qui lui ont permis de cheminer. On l’a accompagné à différents moments de sa guérison et je peux témoigner de tout le chemin parcouru.

On lui a également proposé ceci comme moyens pour l’aider à gérer ces émotions et éviter les crises :

J’ai copié/collé les astuces…

Allez dans une animalerie.

Passez du temps avec votre animal de compagnie.

Tenez et/ou dites à votre animal tous vos sentiments.

Construisez une tour et frappez la pour qu’elle tombe.

Lavez la voiture d’une amie.

Enseignez à un enfant à jouer à un jeu.

Jouez à votre jeu favori avec un enfant et/ou passez du temps avec lui.

Caressez un toutou ou une poupée.

Je ne vous le partage pas pour en rire ou pour dénigrer qui ou quoi que ce soit. Je ne mettrai d’ailleurs pas la source. Je voudrais juste qu’on se questionne… Parce que pour moi, c’est frustrant. Frustrant et infantilisant. C’est le genre de feuille que je mets au recyclage en criant un traditionnel « ils ne le vivent pas, ils ne le comprennent pas ».

L’un des points communs des gens souffrants de troubles alimentaires est le sentiment de solitude et celui de ne pas « fiter ».

Vivre avec un trouble alimentaire, c’est porter un étiquette de santé mentale. C’est attendre, au public, sur un banc d’hôpital sous l’enseigne « santé mentale ». C’est lourd à porter pour des gens pour qui l’apparence…. Ah l’apparence, est si importante.

Alors quand je reçois des conseils similaires à ceux de mon amie. C’est mon orgueil qui a mal. C’est mon intelligence qui est déçue et c’est tous les regards que je sens sur moi à me juger.

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Belle amie qui me lit et m’écrit,

Sache que tu n’es pas seule. Sache aussi que tu n’es plus où tu étais lorsque je t’ai connue. Comme toi, j’aspire à un quotidien plus calme, plus « normal ». Comme toi, ma route vers la guérison est sinueuse et le processus souvent décevant.

Et sache que comme toi…

Quand je tombe en crise, je ne peux me raisonner. Je sais que je vais me sentir horrible, que je vais le regretter mais… Cela va au-delà de ma volonté. Dans mes billets, je réfère aux TCA comme à un monstre mais, c’est partout dans la littérature, cette idée d’une entité plus forte qui prend le contrôle. Ceux qui vivent avec leur monstre, comme toi et moi, connaissent si bien ce sentiment et, ça me surprend que…

Quelque part

Quelqu’un

Ait pu croire que « flatter un toutou »

M’aiderait…  Ou t’aiderait

Avoir su…

Je les ai tous envoyés à Renaissance.

Pseudo-rémission et trouble alimentaire

Ou comment sauver les meubles avec 20 lbs.

Plusieurs m’ont écrit pour savoir comment on se portait, lui et moi.  Je suis restée silencieuse, j’en suis désolée. Puis, Facebook m’a envoyé des souvenirs:  des photos de moi, des moments de vie bien marqués dans le temps, car tellement souffrants. Des photos où je me trouve jolie. On dit malade, je dis mince… Allez savoir.

Facebook m’a aussi envoyé des souvenirs de ce blog. Des billets, plein d’espoir. Deux ans et demi depuis le premier texte… 26 ans de maladie. Une maladie qui a changé avec le temps, une maladie bien enracinée à l’intérieur de moi. Une maladie qui m’a volé tellement de temps, d’années, de moments… 

Je ne voulais pas m’y remettre, je ne voulais plus en parler… Parce que je suis toujours assise sur ce divan du cinquième chaque semaine, parce qu’on me pèse toujours sur cette même balance et parce que je dis encore les mêmes incohérences à ces gens si bien formés et si intelligents.

Vous savez?  Je l’ai fait leur thérapie. Cette année je l’ai fait, « faire confiance à la méthode ».  Leur « essaie et tu verras ».   Tenter de manger 3 repas et 3 collations. Reprendre du poids, reprendre un rythme normal de vie.

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Alors me voici, un compte en banque bien vide, 20 lbs en plus et toute aussi torturée de l’intérieur. L’obsession de perdre à remplacer celle de maintenir. Les comportements demeurent. Je mange et les crises arrivent tout de même. On m’explique qu’il n’y a pas que la vraie privation alimentaire. Il y a aussi la privation cognitive.  Torture intellectuelle…  On me l’avait cachée, quand on m’a dit « ESSAIE ET TU VERRAS ».  L’idée que, même si l’on mange normalement, si notre tête pense, calcule, réduit… On aura tout de même des crises. Alors crises pour crises ? J’aimais mieux quand j’étais en sous poids.

Autour de moi, je sens le soulagement.

J’ai repris des couleurs, on dit « ouf ».  J’ai pris une grandeur dans mes vêtements, on dit « ouf ».  On ne me demande pas comment je vais, on ne me demande pas si c’est difficile. On dit « ouf, tu sembles radieuse! »  Et on change de sujet, rapidement…  Avant que j’aie la chance de dire que je déteste cela, que je ne suis pas bien, que j’ai mal, encore.

J’entends « fiou », j’entends qu’enfin je me suis calmée. J’ai arrêté de chercher l’attention. On l’a échappé bel quoi, enfin. Pourtant, c’est le plus difficile. Reprendre, ressentir… Ne pas s’aimer. Mais on n’en parle pas. Une grandeur de pantalon, un beau bilan sanguin, ça contente les gens, ça sauve les apparences.

Et les gens…

Ah… 

#lesgens

et leurs commentaires.

Apparemment, tout le monde me trouvait trop maigre et tout le monde me mantait car, maintenant, ils m’en parlent de cette prise de poids si merveilleuse…  Ils ont l’œil qui s’illumine, ils se surprennent de me voir ainsi. Ils sont ravis…

Et moi, je meure.

Je crève.

D’humiliation.

Reprendre du poids, changer ce corps qui nous satisfaisait pour en accepter un nouveau dont on ne veut pas. S’aimer « quand même », s’accepter « malgré ». Je dis encore non, alors ça serre à l’intérieur.  Alors je me prend en photo, pour savoir.  Je me lève la nuit pour me regarder, me toucher.  Toucher ce qui les fait tous jubiler et qui, moi, me torture continuellement.  Je reste éveillée tard, avec lui, et ensemble on  retombe dans tous nos comportements. 

On crie haut et fort aux femmes plus rondes de se trouver belles ainsi, de s’accepter.

F*** les autres.

Tu es belle et tu te fous de ce que les gens pensent.

Moi je n’ai pas le droit de dire cela. Apparemment, ce « F*** les autres » ne s’applique que dans le plus, pas le moins. Moi, je m’aimais plus petite, les os qui pointent, les joues qui creusent. Mais moi… Je ne peux pas dire F*** à tous. Parce que ça dérange. Parce que la maladie pense et parle à ma place.  Alors on se rejouit de cette prise de poids, on se réjouit de me voir au restaurant, et…

On me dit F*** si tu ne t’aimes pas comme cela.

Une parmi tant

Parce que « les gens heureux n’ont pas d’histoire »

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Les gens heureux n’ont pas d’histoire.

Les gens normaux…  Ceux qui n’ont pas de monstre sous leur lit, ceux dont la vie n’est qu’anecdotes et dont les émotions ne font pas boule de neige depuis l’enfance.

Le récit de ma vie, moi, occupe un cartable entier dans une tour du centre-ville.  Un cartable noir, une étiquette blanche affichant mon nom, une armoire métallique à côté d’une balance qui donne froidement un poids au centième près.  Des centaines de pages, d’annotations, de commentaires.  Des milliers de mots lourds de sens, criant de souffrance.  Dans cette armoire : des dizaines et des dizaines de cartables, tous pareils, serrés les uns aux autres.  D’autres histoires.  Des histoires tant différentes que similaires.

Des histoires…

De gens moins heureux.

On dit que le trouble alimentaire est un symptôme.  Le symptôme d’un mal ancré profondément.  L’évitement maladif du mal né de cette histoire difficile, trop souvent refoulée ou carrément rejetée.  Tous ces petits moments de vie.  Toutes ces petites parcelles d’histoire misent bout à bout qui ont mené à l’émergence de la maladie, à la naissance d’une entité à part égale.  Une histoire que je croyais banale.  Une histoire à laquelle je me suis habituée mais qui fait pourtant sourciller…  Une histoire dont j’oublie souvent les détails, dont j’omets des parties importantes.  Une histoire qui se dessine en une pyramide.  Du sommet, je contemple la maladie, les relations et cette histoire d’enfance devenue d’adolescence qui se positionne comme base de la femme que je suis aujourd’hui.  Cette base fragile, qui me fait trembler au sommet.  Une histoire qui me laisse maintenant en marge des autres, des sans histoire…

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Être normale.

Qu’est-ce que cela veut dire?

Être pareil, calme…  Invisible.  Entrer dans le moule.  Ne pas faire de vague, ne plus attirer l’attention.

« Vas-tu manger? »

« On peut sortir? »

Ne plus déranger…

Ne plus avoir son nom sur un cartable du centre-ville…

En thérapie, j’ai souvent comme devoir l’exercice de les observer eux : « les autres ».  Ceux qui mangent normalement et qui n’ont pas d’étiquette ni de nom, ni de maladie.  Ceux qui ne se pèsent pas dans ce petit local du cinquième, armés de deux spécialistes.  Ceux qui prêtent attention aux conversations auxquelles ils participent, sans penser aux calories, aux aliments, aux quantités.

Ceux qui déjeunent quand même…

Le lendemain.

Vous qui mangez par faim.  Vous me fascinez.  Au moment où j’écris ces mots, je suis assise au café près de chez moi.  Bondé.  Des dizaines d’histoires, des dizaines de visages anonymes.  De tous les âges, de tous les milieux.  Tous réunis, presque tous seuls.  Quel est le monstre sous leur lit?  Ont-ils leur nom sur un cartable du centre-ville?  Pourquoi sont-ils ici?  Moi, je suis dans ce café parce qu’être à la maison m’est difficile.  On me connaît.  On connaît mon café écrémé.  Je suis cool, j’écris.  Tout cela est ridicule…  Je ne suis pas urbaine dans ce café, j’ai peur.

J’aime le drame.

J’invente leur vie.

Cette histoire cachée.

Ce « si les gens savaient».

Ah!  Si les gens savaient.  Les regards, les opinions, les persécutions ressenties.  Point de rassemblement de tous les amis du monstre.  On se sent observé, deviné.

Ceux qui savent…

Ceux qui pourraient savoir…

Ceux qui devraient savoir…

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 Les autres et leurs sacrées saintes opinions.

Et puis quoi?

Ils me jugeraient?  Seraient soulagés?

Ils se sentiraient peut-être moins seuls…

Ils s’ouvriraient peut-être sur leur propre histoire.

Alors je me demande.  Combien sommes-nous à être seuls, mais réunis sans le savoir?  Serrés les uns aux autres, comme ces cartables de vie, à ne savoir que faire de nos étiquettes, à arpenter les rues et les cafés car être à la maison est trop difficile.  Combien à s’étourdir encore et encore.  À être cool, quand on a peur.  Vous m’écrivez beaucoup.  J’aime ça.  Ça me touche et m’inspire.  Nous sommes plusieurs à avoir une étiquette, qu’elle soit collée ou non à un cartable du centre-ville.  Et, vous demandez souvent : que faire?

Que faire?

S’ouvrir.

Accepter son histoire.

Apprendre à l’aimer, à s’aimer.

Faire mentir cet adage et en ressortir grandi.

Et fier!

Parce qu’au final…

Les gens aux histoires sont ceux qui ont le plus à raconter, qui inspirent, qui fascinent…

Qui rendent heureux.

Ce blog

Trouble alimentaire – La face du caché

Un brin de silence.  J’ai pris un moment recul pour ressentir.  Pour plonger à l’intérieur de mon cœur, finalement.  Comme mes textes les plus courts, celui-ci suit une journée éprouvante. 

wp-1463571263291.jpgCe blog…

Mon monstre.

Un blog sur les troubles alimentaires.  Une vitrine sur une vie axée sur le contrôle.

Vraiment?

À première vue oui…  J’y parle de poids, de grammes, de portions.  J’y parle également de blessures, d’enfance, de relations et d’intimité…  Tout cela se recoupe au final.  J’ai avec mon quotidien, les gens, les tâches, la même relation que j’ai avec la nourriture.  Souvent dans la compulsion.  Trop souvent en recherche de soulagement.  Vous m’écrivez beaucoup.  Vous me parlez de vos grammes, de votre poids.  Pourtant,  à travers vos mots je peux lire la souffrance.

Lourde…

Cette souffrance.

Mes textes parlent du contrôle et de sa perte.  Du sol qui s’effrite sous mes pieds.  Ce blog est le reflet d’une vie aseptisée par une fixation maladive sur des détails…  Alimentaires.  La pointe de l’iceberg.  Ce qui paraît au quotidien.

En un sens, ce blog n’est donc pas à propos de nourriture et ne l’a jamais été.  Ce qui dirige et mène ma vie n’est en fait qu’un mince filtre qui floue la douleur cachée derrière la maladie.

Difficile à réaliser, difficile à affronter.

Ne plus fermer les yeux, ne plus éviter.

Parler, pleurer, crier.

Prendre un brin de recul.  Lever les yeux de la balance et voir…  Voir l’immensité qui se cache derrière.

La montagne…

Vue du bas.

J’y suis…

Finalement.

Lui et moi

Trouble alimentaire et évitement (parce que se sentir grosse, ce n’est pas une émotion)

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Se sentir grosse…

Ce n’est pas une émotion.

Le propos m’a fait sourire au départ.  Puis, tranquillement, j’en ai saisi le sens, la lourdeur.  Se sentir lourd soudainement, ressentir l’anxiété des grammes qui s’accumulent à une vitesse effarante…  Ce n’est pas une émotion.  C’est un tour joué par la maladie.  Un mécanisme de défense utilisé par l’esprit malade.  Pourquoi?  Parce que se jeter dans le trouble alimentaire, gérer le physique en état d’urgence, est tout de même plus doux que d’affronter et ressentir les vraies émotions.  On se concentre sur l’extérieur pour éviter l’intérieur.

Quand je suis chamboulée, le monstre vient à mon secours de cette façon.  Par cette fixation du corps et de l’alimentation, il détourne adroitement mon attention.

Je suis encore malade.

Je chéris cette aide précieuse.

J’y plonge…

Tête première.

En thérapie, je tente d’identifier les émotions derrière les comportements.  On me fait fouiller le passé et le présent pour imaginer un futur sans trouble alimentaire.

Feel the feeling.

Cela revient dans toutes les lectures.

Dans toutes les séances.

 Moi: « Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. »

Ma psychologue: « Es-tu certaine?  Qu’est-ce qui s’est passé durant ta journée? »

Moi: « Rien du tout, je te le jure!  J’ignore pourquoi s’est arrivé…  Encore.»

Elle: « Tu me la racontes, ta journée? »

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 Avouons-le, c’est toujours comme cela que ça se passe.

On évite.

On dénie.

L’essentiel.

Je le dis sans cesse, que ce soit en lien avec les privations ou les binges.  Après ou même pendant… Toujours la même pensée.  Pourquoi je fais cela, moi?  La vérité est que si je fais l’effort de me plonger dans mes pensées, de revoir le fil des événements…  Je le trouve le fameux « pourquoi ».  D’ailleurs, dans la littérature, on présente cet évitement en une suite logique: PENSÉE – SENTIMENT – PULSION – ACTION. Moi, mes pensées et mes sentiments sont altérés par la maladie.  Je « sens » que je prends du poids au lieu d’être déçue.  Alors, coude à coude avec le monstre, je passe à l’action en utilisant le trouble alimentaire.

Avec un brin de recul et beaucoup de bonnes intentions (c’est rare), je peux m’analyser clairement.  Mais…  Identifier la source de l’anxiété et y faire face comme une grande, c’est difficile.  Accueillir les émotions les plus laides comment le rejet ou la déception est douloureux.  Alors…

Je me sens grosse.

J’ai trop mangé.

Agissons.

Lui et moi, on concentre notre énergie à calculer des centièmes de grammes, des minutes d’exercices et  des milliers de calories.  On réussit même à y retrouver une certaine fierté. Rester mince, contrôler son alimentation, son poids…  Lui et moi, on se protège.  On se détourne des drames de la vie en créant et gérant des drames au quotidien.

Lui et moi…

On s’inquiète de la couleur des murs…

Alors que la maison est en feu.

Le temps qui pèse

Trouble alimentaire – La vie, à 100 miles à l’heure

Vous êtes beaucoup à m’écrire.  Vous me touchez, me faites réfléchir.  Vous me parlez de comportements, mais aussi d’urgence.  L’urgence d’agir,  de réagir.

Vivre un trouble alimentaire.

Vivre à 100 miles à l’heure.

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J’ai lu beaucoup dernièrement…  Sur les TCA, sur mes démons et moi.  On dit que ma perception du temps est altérée par le passé. La vie qui abîme, les expériences qui laissent des marques.  Ce temps qui file…  Je n’en ai pas la même compréhension que les gens ordinaires.

Je me dis extraordinaire!

On me dit blessée.

On me dit malade.

On dit donc que je ne perçois pas le temps comme la majorité.  Je reste troublée.  Cette perception erronée serait celle d’une fillette fragile qui ne m’est pas inconnue.

Une perception enfantine du temps…

Dit-on.

Comme un enfant qui attend sa mère sans différencier une heure d’une journée, d’une semaine.  Je ne peux attendre.  Je vis dans l’anxiété.  Tout me semble long et lointain.

Sans fin…

Vraiment?

Cela semble dramatique.

La blague…  Ne vous méprenez pas, ce n’est pas une question d’intelligence.  Je sais différencier 5 ou 10 minutes.

Par contre, mon analyse est différente, altérée par cette perception dite enfantine.  Cela me laisse une impression éternelle des sentiments, des émotions et me ramène inévitablement au « tout ou rien » qui caractérisent si bien les troubles alimentaires.  Maintenant ou jamais!

Aujourd’hui devient toujours…

Demain devient désastre.

Le temps.

La peur.

La peur de répéter à jamais les mêmes comportements.  La peur de perdre le contrôle, jour après jour.  Aujourd’hui, dans une heure, demain.  Une éternité.

Le temps.

Qui brûle ou accumule les calories.

Les jours de crises, demain paraît si loin.  Il n’est qu’une heure…  Du même coup, lorsque je songe au lendemain, je vois déjà les grammes accumulés.  Je les sens, je les touche des doigts.  Alors pour compenser, je compte les jours et les repas.  Je distribue les calories sur cette ligne du temps que je suis et scrute si attentivement.  Une vie ponctuée de crises, de jeûnes, de diètes rigides.  Le tout noté scrupuleusement dans un agenda et une montagne de journaux alimentaires.   Pour me souvenir, savoir, calculer, planifier…

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Le temps

Qui blesse ou apaise le cœur.

Cette perception teinte inévitablement mes relations.  Incapable d’attendre.  Incapable de tolérer le silence, l’absence.  Ce qui vous paraît court, me semble une éternité.  Incapable de ne pas appréhender.  Incapable de ne pas être anxieuse.  Tout s’arrête.  Je reste pétrifiée.

On me demande de considérer ma vie en tant que continuité.  Ne plus voir qu’un drame ponctué d’événements malheureux, mais un fil d’événements qui ont forgé une femme forte.  Des événements, même si souvent éprouvants, auxquels j’étais présente, auxquels j’ai participés  et que j’ai pu faire rayonner à ma façon, à travers lesquels j’ai grandi et évolué.

On me demande finalement d’utiliser le temps pour espérer des jours meilleurs.  On me demande de réfléchir à une question, que je vous pose ce soir: que ressentiriez-vous si vous vous trouviez encore au même point dans 5 ans?

C’est simple et bête…

Pourtant si lourd.

Ma réponse n’est pas rose…

Me donne envie de bouger.

Je vous laisse y réfléchir…

Si vous voulez en lire davantage:

« Choisir qui on aime – de la dépendance à l’autonomie » par Howard M. Halpern

http://www.renaud-bray.com/Livres_Produit.aspx?id=731351&def=Choisir+qui+on+aime%2cHALPERN%2c+HOWARD%2c276192259X